Dexys Midnight Runners - Dimanche 11 Octobre 2026 - Elysée Montmartre (Paris)
Le temps passe, et nous vieillissons : arrivés à un certain âge, il est temps de jeter un coup d’œil sur le chemin parcouru, et de s’interroger, non seulement sur ce que nous avons bien ou mal fait, mais, plus important encore, sur ce que nous pouvons encore faire. Et en particulier sur ce sujet central, l’Amour. C’est plus ou moins la démarche de Kevin Rowland dans LOVE, qu’il présente comme le dernier album de ses Dexys Midnight Runners, qui ont d’ailleurs repris leur nom complet pour ce dernier tour de piste. Un tour de piste passant ce soir par l’Elysée Montmartre parisien, en un dimanche soir où la compétition est sévère dans le domaine des concerts : nous pourrions être aux Lemon Twigs ou à Courtney Barnett, deux soirées très tentantes, mais nous avons finalement préféré revoir Kevin, aiguillonnés par cette crainte que ce soit la dernière fois.
C’est un programme inhabituel qui nous a été annoncé pour ce soir : après une ouverture des portes - habituelle pour l'Elysee Montmartre - à 18h30, l'absence d'une première partie nous forcera à patienter une heure et demie jusqu'à 20h, heure où débutera le concert de Dexys, prévu en deux parties avec entracte. Il n’est donc pas surprenant que la salle se remplisse très lentement, même s’il flotte une petite inquiétude quant à la taille du public final, puisque les réservations de billets n’ont pas été à la hauteur espérée… On remarque aussi l’absence totale d’amplification et de retours sur la scène, ce qui suppose que le son passera entièrement sur la sono, un système pas toujours idéal pour les spectateurs massés aux premiers rangs.
20h : Mais nos craintes ne seront pas fondées, puisque quand Kevin et ses Dexys Midnight Runners pénètrent sur scène, la salle est correctement remplie, et le son, après quelques minutes de réglage, sera impeccable. La grande scène est relativement dégagée, puisque, outre la batterie dans le fond, l’espace est occupé par deux claviers, chacun d’un côté du micro central, qui est celui de Kevin. Sean Read aux claviers mais aussi au saxo, va jouer un rôle vocal important, soit comme le confident / interlocuteur de Kevin sur plusieurs morceaux, structurés comme des saynètes de comédie musicale, soit comme chanteur de plein droit sur certains titres de Searching For The Young Soul Rebels. Dans le fond de la scène, on repère évidemment la blonde violoniste Lucy Morgan, dont le rôle est central sur de nombreux titres (et l’on ne parle pas que de l’incontournable Come On Eileen…). Après un démarrage un peu en demi-teinte, où chacun – y compris le public – semble prendre ses marques, la chanteuse Janelle Martin entre en scène, et il faut bien reconnaître que sa présence et sa voix remarquable font monter immédiatement le niveau musical de plusieurs crans : la merveilleuse She Got a Wiggle, extraite de l’album One Day I’m Going to Soar, sommet tardif et sous-estimé, passe crème, et le duo Kevin-Janelle fait des étincelles sur You’ve Got the Love, premier sommet de la soirée, car premier moment de joie générale et partagée.
Au bout de quarante-cinq minutes d’un set qui a fait la part belle aux titres du dernier album, pas forcément ceux pour lesquels le public est là, c’est un entracte qui brise, comme prévu, la belle atmosphère qui s’était créée. Pas grave, car le second set, qui alignera quant à lui les titres réclamés par les vieux fans, va rallumer rapidement la vieille flamme. Mais avant, nous verserons des larmes d’émotion sur Old Love, constat bouleversant sur le passage des années, où Kevin semble se mettre à nu devant nous : un grand moment, qui permet de vérifier que, même si sa voix est maintenant plus grave, il reste un très grand chanteur « soul ». L’alignement imparable des tubes des deux premiers albums produit ensuite le résultat attendu : joie à tous les étages, même si l’on pourra trouver que, musicalement, on n’est pas au meilleur de l’histoire de Dexys. Mais qu’importe les rythmes poussifs et la batterie manquant vraiment de subtilité, les chansons étincellent, les performances vocales de Kevin et Janelle sont impeccables, et tout le monde est content. Et puis quand même, en entendant Dexys enchaîner Geno, Jackie Wilson Said et Come on Eileen, qui ne serait pas comblé ?
Kevin nous fait un speech comme quoi il adore Paris, qu’il est heureux d’être là et que ça aura été le meilleur concert de la tournée, et on ne sait pas s’il faut le croire, mais tout le monde a le sourire, dans la salle comme sur scène. Arrive alors le rappel, avec une version colossale de plus de quinze minutes de This Is What She’s Like, qui rappelle aux négligents que nous avons été à l’époque que Don’t Stand Me Down a bien été le chef d’œuvre méconnu des premières années de Dexys. Après ça, personne n’a envie d’arrêter, et Kevin demande à sa troupe de jouer un Tell Me When My Light Turns Green absent de la setlist sur scène, qui constituera un bonus pas indispensable mais sympathique à un set de presque deux heures.
Rien à regretter donc : un concert certes sans surprise et sans génie, mais rempli de belles chansons, de belles voix et de belles émotions, qui, si Kevin ne change pas d’avis comme beaucoup, aura été celui des adieux entre Paris et Dexys. Un moment précieux où il nous a bien fallu admettre que, oui, pendant que nous n’y prêtions pas attention, les années avaient passé. Et que l’Amour avait changé. Mais au moins, il est toujours là, ce fichu Amour !
Les musiciens de Dexys Midnight Runners :
Kevin Rowland - voix
Sean Read - saxophone, claviers, chœurs
Mike Timothy - claviers, chœurs
Lucy Morgan - Violon, chœurs
Timothy Weller - Batterie
Janelle Martin - Chant, duos avec Kevin Rowland
Olli Martin – Trombone, claviers
La setlist du concert de Dexys Midnight Runners :
Set 1:
I'll Always Love You (LOVE – 2026)
Once a Man, Twice a Child (LOVE – 2026)
She Got a Wiggle (One Day I’m Going to Soar – 2012)
You've Got the Love (LOVE – 2026)
Because of You (Single – 1986)
Liars A to E (Too-Rye-Ay – 1982)
It's Over Now (LOVE – 2026)
The Teams That Meet in the Caffs (It Was Like This – 1996)
My Life in England Pt. 2 (LOVE – 2026)
Set 2:
Curragh of Kildare (Let The Record Show: Dexys Do Irish and Country Soul – 2016)
Old Love (LOVE – 2026)
Burn It Down (Searching For The Young Soul Rebels – 1980)
Breaking Down the Walls of Heartache (Searching For The Young Soul Rebels – 1980)
There, There, My Dear (Searching For The Young Soul Rebels – 1980)
Geno (Searching For The Young Soul Rebels – 1980)
Jackie Wilson Said (I'm in Heaven When You Smile) (Van Morrison cover) (Too-Rye-Ay – 1982)
Come on Eileen (Too-Rye-Ay – 1982)
Encore:
This Is What She's Like (Don’t Stand Me Down – 1985)
Tell Me When My Light Turns Green (Searching For The Young Soul Rebels – 1980)