Black Box Recorder / Perio - Vendredi 25 Septembre 2026 - Supersonic Records (Paris)
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“Life is unfair / Kill yourself or get over it” (La vie est injuste / Tue-toi ou passe à autre chose.) reste sans doute la phrase la plus connue extraite de la courte discographie de Black Box Recorder (3 albums au tournant entre le XXe et le XXIe siècle). C’est en tout cas celle qui traduit le mieux la violence des thèmes traités par l’inénarrable – et irremplaçable – Luke Haines, et son complice John Moore, dissimulés dans une forme de pop music sophistiquée et douce, qui plus est chantée par la voix exquise de Sarah Nixey. Lorsque la nouvelle de la reformation du trio est venue à nos oreilles, suivie par des comptes rendus élogieux d’un concert londonien qui avait attiré une jolie foule, nous avons prié pour que Black Box Recorder vienne nous voir à Paris, eux qui ne l’avaient jamais fait à l’époque.
Et ce sont nos amis de Sun Burns Out que nous devrons éternellement remercier pour avoir convaincu ces trois quasi-extraterrestres du rock britannique de prendre l’Eurostar et de venir, guitares acoustiques sous le bras, jouer pour nous au Supersonic Records dans le cadre de la troisième édition du festival Outsiders. Un miracle ou presque de pouvoir assister à ça : le public parisien ne s’y est pas trompé, les places sont parties très vite, la soirée est sold out, la queue s’allonge assez tôt avant l’ouverture des portes rue Biscornet. Tout est en place pour un set mémorable.
À 20h20, même si nous sommes tous impatients de vivre cette expérience de voyage dans le temps, vers une époque où le songwriting « classique » était encore la base du rock, et où avoir un « discours politique » plus ou moins virulent quant à l’état de la société était une évidence, nous avons d’abord à vivre un autre bon moment, le concert de Perio. Voici presque un an que The Sharp Bones of My Sleep, le dernier album d’Eric Deleporte, est sorti, et nous n’avions pas encore eu l’occasion de l’entendre défendu sur scène ! Perio est en format trio ce soir, Eric étant accompagné d’un bassiste qui joue occasionnellement de la guitare et du trombone à coulisse, et d’un batteur qui terminera le set à la basse. On perçoit immédiatement une belle alchimie sur scène, un plaisir évident d’être là, qui va porter le set vers l’excellence. On démarre sur la respiration puissante du trombone, avec un Screens – extrait du dernier album – qui réussit à être à la fois envoûtant, mystérieux, et confortable comme un cocon de beauté dans lequel on a envie de se lover. Bien sûr, la voix singulière (quelque part entre Gordon Gano et Daniel Johnston, deux sacrées références…) et les effets de vibrato dans le chant de Deleporte confèrent à la musique de Perio une originalité supplémentaire, l’éloignant des sonorités Americana que l’on attendait.
Et nous sommes partis pour cinquante minutes avec une setlist composée de sept chansons de The Sharp Bones Of My Sleep, dont la pop tubesque et presque sautillante de Graffiti Palace, et surtout un Feel the Rage transcendé par l’énergie scénique du trio, et de cinq autres morceaux revisitant le passé du groupe. On retiendra surtout le dissonant et très émouvant Billboard, Pt. 2, et une version très festive de Whoopadoop qui trace en effet une ligne de parenté entre Perio et Violent Femmes.
Même si on a l’impression parfois que Perio reste un peu trop dans la retenue, et gagnerait encore sur scène à prendre le risque de la perte de contrôle, de l’explosion, ce set confirme la singularité d’Eric Deleporte et de sa musique.
21h25 : Ils sont enfin alignés devant nous : Luke Haines, avec son éternel chapeau (presque un chapeau de paille), visiblement réjoui dès la première chanson, Sarah Nixey, éblouissante tant par sa présence physique que par sa voix – peut-être devenue encore plus belle avec la maturité -, et John Moore, qui tiendra – malgré lui ou pas ? – le rôle amusant du maladroit / angoissé de service. Une véritable petite comédie se joue sur scène entre et même pendant les chansons, traduisant là encore une jolie complicité (et un soupçon de rivalité ?) entre les musiciens… mais surtout un plaisir sincère d’être là avec nous. Le public est conquis dès les premières notes du sublime England Made Me, le premier rang est occupé en partie par de jeunes fans qui connaissent toutes les paroles par cœur, et nous allons assister à ce qu’un ami qualifiera de « masterclass de composition » : dix-huit chansons d’un niveau que peu de groupes peuvent atteindre, divinement chantées, et jouées simplement avec deux guitares acoustiques qui, parfois, ont du mal – surtout au début – à se synchroniser, et sans le renfort de l’électronique et des claviers comme sur les disques.
Nous aurons droit à une heure dix minutes parfaites, consacrées largement au premier album de Black Box Recorder, England Made Me, comme annoncé très vite par Haines, avec seulement trois extraits du pourtant aussi excellent The Facts of Life et deux de Passionoia. Difficile après coup de retenir quels auront été les plus beaux moments de la soirée : peut-être Child Psychology (le titre dont est extraite la fameuse phrase, titre dont la citation par Billie Eilish a apporté une nouvelle notoriété au groupe, et explique la présence dans la salle d’un public plus jeune), Swinging pour son évidence pop, la reprise forcément consensuelle du Moribond de Brel (un tube pop outre-Manche sous le titre de Seasons in the Sun), le méconnu et captivant The New Diana, le spoken word et les « la lala la » de The Art Of Driving, ou l’imparable rappel de The Facts of Life ?
Nous aurons en tout cas admiré la prestation de John Moore à la scie musicale (instrument qu’il n’avait pas eu le droit d’embarquer sur l’Eurostar, et que les organisateurs du festival ont dû aller acheter avant le set au Castorama le plus proche !), et beaucoup ri quand le même John sera tout perturbé d’avoir entendu quelque chose se déplaçant à l’intérieur de sa guitare : Luke lui expliquera, hilare, que c’est sans doute « Johnny Hallyday » qui y est entré !
Le plus important est sans doute qu’à la fin, ils nous ont promis de revenir très vite jouer à Paris. Et ils avaient l’air sincères, ou en tout cas, d’avoir envie d’y croire autant que nous. Il n’y a pas de petits miracles dans la vie…
La setlist du concert de Perio :
Screens (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
Exotic Thrill (Black Condensed – 2018)
Crust & Dirt (30 Minutes With Perio – 2015)
The Last Goodbye (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
Feel The Rage (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
Dance the Crisis (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
No Western Land Fits Your Passion (No Western Land Fits Your Passion – 1998)
Billboard, Pt. 2 (Medium Crash – 1999)
The Game (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
Whoopadoop (30 Minutes With Perio – 2015)
Graffiti Palace (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
The Sharp Bones Of My Sleep (The Sharp Bones Of My Sleep – 2025)
La setlist du concert de Black Box Recorder :
England Made Me (England Made Me – 1998)
Girl Singing in the Wreckage (England Made Me – 1998)
New Baby Boom (England Made Me – 1998)
Child Psychology (England Made Me – 1998)
It’s Only the End of the World (England Made Me – 1998)
I. C. One Female (England Made Me – 1998)
Swinging (England Made Me – 1998)
Hated Sunday (England Made Me – 1998)
Seasons in the Sun (Jacques Brel cover)
Do You Believe In God? (Life Is Unfair – 2018)
Brutality (England Made Me – 1998)
The Art of Driving (The Facts of Life – 2000)
Watch the Angel, Not the Wire (England Made Me – 1998)
May Queen (The Facts of Life – 2000)
The New Diana (Passionoia – 2003)
Soul Boy
I Ran All the Way Home (Passionoia – 2003)
Encore:
The Facts of Life (The Facts of Life – 2000)