Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

2 février 2026

The Inspector Cluzo à la Maroquinerie (Paris) le dimanche 1er février 2026

Voilà une soirée dont j’attendais beaucoup, n’ayant encore jamais eu l’occasion de voir The Inspector Cluzo, le célèbre duo de fermiers-rockers sur scène. J’ai soigneusement choisi le concert du dimanche soir parmi les cinq organisés à la Maro par le groupe, de retour d’une longue tournée mondiale : le dimanche soir est toujours une bonne soirée pour la musique live, avec une atmosphère différente et un public plus convaincu – les fêtards des vendredi et samedi soir faisant plutôt l’impasse. J’étais loin de soupçonner, en faisant la queue que j’allais vivre l’une de mes pires expériences « musicales » depuis… des mois ? Des années ?

 

20h00 : Tout commence pourtant magnifiquement avec Grant Haua, le bluesman / ex-rugbyman néo-zélandais dont j’admire les albums depuis plus de cinq ans sans avoir encore jamais réussi à voir un de ses concerts. Avec un look bien différent, plus sage, que celui affiché sur la pochette de son dernier album, Grant nous régale pendant quarante minutes, seul avec ses deux guitares acoustiques, de ses chansons, dans un registre à la fois dépouillé et rapidement très entraînant. Il faut dire qu’au-delà de sa présence charismatique (voici un homme qui respire la… bonté, ce qui n’est pas fréquent), sa voix superbe, on découvre en live sa virtuosité à la six-cordes. La vitesse à laquelle ses doigts bougent sur le manche est stupéfiante, et il est difficile de ne pas être fasciné. Comme en plus les chansons sont belles, balaient plusieurs registres musicaux, du blues bien sûr au folk en passant même par quelques accents pop avec de belles mélodies, le public de la Maro (qui n’est pas sold out ce soir, mais bien remplie) est rapidement sous le charme de ce diable d’homme. Une très belle expérience. 

 

21h00 : Laurent Lacrouts (chant, guitare, chevelure hirsute) et Mathieu Jourdain (batterie, tiré quant à lui à quatre épingles dans un noir et blanc élégant), c’est-à-dire The Inspector Cluzo, lancent leur set devant un public qui leur est totalement acquis et n’attend visiblement que du plaisir de cette soirée. Ils sont là pour soutenir leur album Less Is More, sur le thème – logique pour ces militants écolos acharnés – de la décroissance, ou plutôt de la croissance locale, sur un modèle différent de celui prôné par le capitalisme emballé qui nous emmène tout droit dans le mur. Ils commencent donc par le titre éponyme, ce qui me permet de réaliser que, en ce qui concerne mon envie d’entendre du « blues-rock rural », comme l’avait qualifié un ami, je vais être déçu. Leur musique ressemble surtout à une sorte de hard rock pataud et brouillon, dont je pressens qu’il ne va tenir la route que grâce à deux éléments : l’énergie déployée, en particulier par Mathieu à la batterie, et la voix, vraiment intéressante, de Laurent, qui va alterner entre chant rauque et falsetto soul du plus bel effet. Pour le reste, je me rends compte que ce que joue le duo n’est pas vraiment ma « tasse de thé » (ou mon verre de tord-boyaux), et je comprends mieux la présence de tee-shirts de metal dans l’assistance.

 

Mais le problème, ce qui sera pour moi le GROS problème de la soirée, n’est pas dans la musique, mais dans les déclarations – incessantes – de Laurent. Si l’on sourit quand il traite d’emblée Neil Young « d’abruti » (pas une surprise, vu l’imbroglio de l’absence de The Inspector Cluzo en première partie à l’Adidas Arena l’année dernière), il est déjà plus difficile d’avaler l’une de ses premières interactions avec le public, quand il demande qui a lu Guy Debord, et que devant le peu de mains levées dans la fosse, il nous lance un « c’est un peu le pourcentage de gens qui lisent des livres en France, non ? ». Le problème est que ça pourrait être drôle, un peu taquin, mais c’est exactement l’inverse : derrière la bonhommie familière affichée, on reconnaît l’arrogance habituelle de l’intellectuel français, sûr de sa supériorité sur ceux qui ne pensent pas comme lui, sur ceux qui n’ont pas lu les mêmes livres, ceux qui ne connaissent pas les philosophes, etc.

 

Ce mépris va se traduire tout au long de la soirée par des déclarations de plus en plus désagréables : à propos des Américains ignares, de ces bikers qui ne connaissent pas Thoreau (Quels barbares, ces Américains !) ; à propos de l’accord avec le Mercosur, évidemment inacceptable pour le paysan du Sud-Ouest, sans une pensée pour le paysan sud-américain (le « local » a bon dos, qui fleure bon le nationalisme borné) ; à propos de ces fans qui commettent l’outrage ultime d’aller écouter de la musique à Rock en Seine au lieu de rester dans les petits clubs ; à propos des autres groupes qui ne savent pas jouer et utilisent TOUS des backing tracks ; à propos de ces « communistes millionnaires » (comme Neil Young) ou « milliardaires » (comme Springsteen) qui n’ont pas la légitimité de défendre le peuple ; à propos d’Iggy Pop qui montre sa bite mais ne les autorise pas à reprendre une de ses chansons (ou quelque chose comme ça…) etc. Seuls parangons de vertu dans ce monde pourri, The Inspector Clouzot et leurs potes, qui sont des gens intègres, respectueux, courageux, droits dans leurs bottes. Bon, Laurent, dans un moment d’intense magnanimité, nous rassure : « Des gens bien, il y en a partout ! », soit le genre d’affirmation du même tonneau que le fameux : « Je ne suis pas raciste, j’ai un ami qui est noir ! ». Tout va bien, on respire !

 

Bref entre l’étalage d’une telle autosatisfaction (« Nous, on a des couilles, on joue dans l’Amérique profonde face à des bikers déchaînés ») qui serait ridicule si elle n’était pas aussi puérile, le refus radical d’accepter que d’autres opinions que les siennes peuvent exister, et une posture exsudant ce mépris caractéristique des extrémistes (de droite comme de gauche), il m’est devenu peu à peu insupportable d’assister à un tel déballage. Quant au public, persuadé d'être du "bon côté de l’histoire", il était ravi. Comme sont ravis les fans de MAGA devant un discours de Trump aux USA, ou les LFIstes devant les éructations de Mélenchon et sa clique.

 

Difficile d’écouter la musique – assez quelconque, à mon goût – jouée ce soir, quand on a un goût aussi désagréable dans la bouche. Juste l’envie de s’enfuir le plus rapidement possible loin de cette exhibition de certitudes inébranlables et de suffisance.

 

Bon, je suis resté jusqu’au bout. Comme on resterait à un meeting du RN ou de LFI, pour se souvenir du niveau de bêtise qu’on peut atteindre, surtout quand on se prétend « éclairé ».

 

La setlist du concert de The Inspector Cluzo :

Less Is More (Less Is More – 2025)

Catfarm (Less Is More – 2025)

As Stupid As You Can (Less Is More – 2025)

The Outsider (Horizon – 2023)

A Man Outstanding in His Field (We the People of the Soil – 2018)

We Win Together, I'm Losing Alone (Less Is More – 2025)

Fishermen (Rockfarmers – 2016)

Thoreau (Less Is More – 2025)

The Greenwashers (Less Is More – 2025)

Rockophobia (Horizon – 2023)

Almost Cut My Hair (David Crosby cover)

Put Your Hands Up (The 2 Mousquetaires – 2012)

Encore:

Journey Men (Less Is More – 2025)

11 novembre 2025

Alela Diane - lundi 10 novembre 2025 - Théâtre l'Athénée

Coucou ! En ce mois de novembre déjà bien rempli, c’est la divine Alela Diane qui revient faire un tour en France. Nul ne saurait évidemment s’en plaindre, même si notre grande muse du folk contemporain n’a pas sorti de nouvel album depuis sa dernière tournée et son passage inoubliable au Trianon, en février 2023. Enfin, pas de nouvel album paru, mais a priori un nouvel album quasi terminé, dont elle nous dévoilera quatre titres, et qui devrait sortir mi‑2026. Mais n’allons pas trop vite et parlons un peu de cette soirée différente, car organisée dans le cadre des soirées jazz (hein ?) au Théâtre Louis‑Jouvet, ou Théâtre de l’Athénée comme on l’appelle encore. Pas un décor très rock’n’roll que ce petit bijou de théâtre baroque, où le public est réparti sur de multiples niveaux verticaux… mais un cadre qui ravira nos visiteuses américaines, fortement dépaysées par un tel amoncellement de dorures vieilles de plusieurs siècles (on n’est pas à Mar‑a‑Lago !).

 

Quant à moi, ayant eu l’opportunité d’assister à ce concert tardivement, me voici privé du premier rang, réfugié au « balcon » — un troisième niveau surplombant la scène — à côté d’un ami rédacteur à Benzine, qui se chargera du live report de la soirée. Comme l’ami Gilles — qui en est à son quarante-neuvième concert d’Alela Diane —, et Laurence à ses côtés, se chargent des photos, me voilà délivré ce soir de toute responsabilité, et bien décidé à simplement profiter de ce beau moment musical.

 

20h10 : la soirée démarre, avec un peu de retard, par le duo Two Runner (il faudra que j’essaie de comprendre pourquoi Runner au singulier), deux jeunes femmes sorties des tréfonds de l’Amérique qui jouent un folk assez traditionnel, avec une simplicité et une bonne humeur auxquelles on ne saurait résister. Pour leur premier voyage en France (Paige, la chanteuse, avoue être déjà venue en Allemagne, qu’elle ne considère pas — mais pourquoi — comme faisant partie de la « Proper Europe », comme la France, l’Espagne ou l’Italie !), nos deux musiciennes sont ravies de jouer dans un cadre « historique » comme ce théâtre. Paige nous explique qu’il n’y a qu’une vieille mine d’or qui soit un tant soit peu « historique », justement, chez elle. Bref, on discute, on discute, alors le temps passe vite, mais on a l’occasion d’admirer son merveilleux vieux banjo, datant de la fin du XIXe siècle, au son étonnant, mais qui se désaccorde vite quand il doit voyager ! Je ne dirais pas que j’ai trouvé cette première partie très convaincante ; à la différence de certains amis, j’ai eu l’impression d’être face à du tout‑venant de la musique folklorique US, bien chanté, bien joué, mais pas renversant…

 

20h50 : … ce qui est, on le sait, l’exact inverse de ce que fait Alela Diane sur scène, c’est‑à‑dire produire une musique faussement simple et calme, mais pleine en fait d’émotion, voire d’une tempête d’émotions cachée derrière la finesse des chansons, et la pureté de la voix de notre chanteuse (folk) préférée.

 

Belle setlist ce soir pour ce concert où Alela est accompagnée par Two Runner, ce qui lui permet d’adapter certains de ses titres à cette configuration à deux voix, avec banjo et violon : il y a donc quatre nouvelles chansons — à la première écoute, celle qui m’a le plus plu est Dusty Roses, mais cela ne veut rien dire, on verra quand l’album sortira —, le reste étant une sélection pertinente de titres extraits des quatre meilleurs albums de la désormais longue carrière d’Alela. Pas mal de choses en commun avec la setlist du Trianon, il faut l’avouer, mais une orchestration et une atmosphère différentes, très décontractées et joueuses ce soir, ce qui nous privera peut‑être d’émotion (à moins que ce soit ma position loin de la scène qui ait eu cet effet sur moi, c’est bien possible…). Alela a plutôt tendance à plaisanter à propos de son plaisir de beaucoup manger quand elle est en tournée en France, à se réjouir de ne plus souffrir désormais d’être loin de ses deux enfants quand elle est sur la route, etc.

 

Elle nous raconte la genèse de la chanson The Pirate’s Gospel quand elle avait 21 ans, il y a 21 ans de cela, ce qui débouche sur un sondage dans la salle pour savoir qui se sent plus « pirate » et qui se sent plus « cowboy ». Je braille, quant à moi, mon allégeance aux pirates, tandis qu’Alela met en doute la sincérité de ceux qui se réclament « cowboys », alors qu’on ne voit pas de Stetson dans la salle ! Bref, tout ça est bien sympathique, ce qui n’empêche pas de se dire, à chaque nouvelle chanson, que la qualité du songwriting d’Alela est exceptionnelle !

 

Petit passage au piano solo, pour, en particulier, une version « low key » de mon titre préféré de tout son répertoire, Ether & Wood, avant de finir par les classiques du premier album (Tired Feet, réclamé par quelqu’un dans le public, Oh! My Mama et The Rifle…). Et puis, en rappel, une interprétation sans sono d’Of Love, qui impressionne.

 

Et c’est fini, et espérons que nous n’aurons pas à attendre deux ans pour le prochain concert. C’est d’ailleurs peu probable, puisqu’Alela reviendra certainement jouer très vite son nouvel album, à la mi‑2026, pour Gilles et pour le reste de la France.

 

Les musiciennes de Two Runner sur scène :

Paige Anderson – Guitar, banjo, voice

Emilie Rose – Violin, backing vocals

La setlist du concert d’Alela Diane :

Galloping

Dry Grass & Shadows (To Be Still – 2009)

White as Diamonds (To Be Still – 2009)

Émigré (Cusp – 2018)

Dusty Roses

The Pirate's Gospel (The Pirate’s Gospel – 2006)

Tatted Lace (To Be Still – 2009)

Paloma (Looking Glass – 2022)

California

Wide Open Spaces

Dream a River (Looking Glass – 2022)

Ether & Wood (Solo on piano) (Cusp – 2018)

Howling Wind (Solo on piano) (Looking Glass – 2022)

Tired Feet (On request) (The Pirate’s Gospel – 2006)

Oh! My Mama (The Pirate’s Gospel – 2006)

The Rifle (The Pirate’s Gospel – 2006)

Encore:

Of Love (Unplugged) (Looking Glass – 2022)

 

 

29 novembre 2021

black midi - samedi 28 novembre 2021 - Cabaret Sauvage (Paris)

Ce nouveau concert parisien de black midi, nous l'attendons depuis près de deux ans, puisque, à l'annulation initiale de fin 2019, a succédé la pause forcée de la pandémie. Depuis, le guitariste Matt Kwasniewski-Kelvin a quitté le groupe qui a sorti un second album, Cavalcade, encore plus clivant du fait d'un éloignement quasi systématique des règles du jeu post-punk que suivait encore le groupe à ses débuts. Du coup, alors que le froid de l'hiver qui est tombé sur Paris saisit l'habituelle troupe des passionnés qui se disputeront le premier rang, les questions sont nombreuses quant au concert auquel nous allons enfin assister. Mais également évidemment sur l'évolution de la situation sanitaire puisque les nouvelles du monde sont mauvaises : d’ailleurs, on nous annonce à l’entrée du Cabaret Sauvage que le port du masque à l'intérieur de la salle sera à nouveau strictement contrôlé...

20h05 : o. est un tout nouveau duo, que black midi a embarqué sur sa tournée : elle, Tash, est à la batterie (et au design des t-shirts psychédéliques…), lui, Joe, est au saxophone baryton et aux pédales. Leur musique est sans surprise, vue la prépondérance du saxo, largement jazzy, mais ne recule pas devant des montées en puissance plus traditionnellement rock. Conjuguant ambiance nocturne de circonstance (qui a pensé à Morphine, à cause d’un saxophone baryton assez peu couramment utilisé dans le Rock ?), délires avant-gardiste (avec citation du All I Need de Radiohead, nous semble-t-il…) et pulsion sensuelle, cette musique aura rapidement conquis le public du Cabaret Sauvage, qui leur fait la fête. 45 minutes originales et beaucoup plus stimulantes que prévu. Sinon, on est bien d’accord que choisir comme nom de groupe « o. » n’est pas la meilleure idée du monde pour être identifiable sur le web, ils nous annonce donc qu’ils apparaissent sur Instagram sous le nom de o.the.band (à ne pas confondre avec un groupe nommé A Band Called O !) : migraines annoncées…

21h15 : On est passé de la Cristalline à l'Evian sur scène, c'est bien la preuve que les stars de la soirée arrivent. Et au-delà de l'eau d'Evian, les black midi aiment aussi Édith Piaf, qui après nous avoir fait patienter, annonce leur entrée avec la Vie en Rose (après quand même une déclaration de toute-puissance calquée sur les matchs de catch !).

Le guitariste parti désormais remplacé par un impressionnant saxophoniste, le math rock des débuts du groupe s'est plus que coloré de free jazz, et le groupe plonge désormais franchement dans un chaos sonore que n'aurait pas renié les Stooges de la deuxième face de Fun House. Geordie fait des déclarations baroques et incompréhensibles puis mime Donald Duck ; Cameron, le bassiste, s'engage dans des joutes spectaculaires avec Kaidi, l’imposant – et très classe - saxophoniste. Tandis qu'à gauche, Seth, aux claviers, reste relativement sérieux, en face de lui, Morgan abat un boulot colossal à la batterie, confirmant à chaque morceau qu'il est sans doute le batteur contemporain le plus talentueux.

Il y a, on le sait, chez black midi beaucoup d'humour farfelu (Geordie et Seth font semblant de se battre sur scène avant de venir assassiner Kaidi avec un mini-cimeterre en plastique, le genre ...), mais surtout une maîtrise musicale colossale qui leur permet d'aller toujours plus loin dans la dissonance, le tumulte, et l'inconfort. Face à cet univers délirant, une bonne partie du public choisit de danser dans un maelström de folie, qui fait monter la température de la salle au-delà du raisonnable. D'autres spectateurs s'émerveillent devant l'audace du groupe, tandis que certains trouvent ça profondément ennuyeux. Quelque part, tout le monde a raison : entre virtuosité et canular, cocon de bruit nonsensique et pics d'énergie démente, black midi ne choisit pas, et passe de la grande escroquerie du rock’n’roll au génie improbable sans jamais cesser de s'amuser. Et de jouer avec nous.

Pour résumer - en le simplifiant outrageusement - ce set de 1h20, sans rappel bien entendu : le début a été littéralement supersonique, avec l’enchaînement furieux de 953 et Speedway du premier album, qui a mis la fosse du Cabaret Sauvage en liesse, la fin effrayante d’audace brutale (John L et Slow du second album), tandis que le milieu, où le groupe a enchaîné des compositions parfois incompréhensibles et qui nous ont semblé nouvelles, ou du moins, inconnues au bataillon, a ressemblé à un labyrinthe soul jazz, au sein duquel Geordie venait parfois jouer au crooner improbable !

S’il y a un verdict final raisonnable, ce serait que black midi bouleverse de plus en plus les codes de la musique actuelle, confirme pour le coup son importance qui dépasse la hype initiale, et est désormais un groupe précieux. Pas toujours aimable, mais précieux.

 

Les musiciens de black midi sur scène :

Geordie Greep (vocals, guitar, bass guitar)

Cameron Picton (vocals, bass guitar, guitar)

Morgan Simpson (drums)

Seth Evans (keyboards, synths)

Kaidi Akinnibi (saxophone)

 

La setlist du concert de black midi :

953 (Schlagenheim – 2019)

Speedway (Schlagenheim – 2019)

Welcome to Hell

Dethroned (Cavalcade – 2021)

Sugar/Tzu

Circus

The Defence

Lumps

Western (Schlagenheim – 2019)

Still

Eat Men, Eat

Chondromalacia Patella (Cavalcade – 2021)

John L (Cavalcade – 2021)

27 Questions

Slow (Cavalcade – 2021)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

19 novembre 2021

Gustaf / Grandma's Ashes / Otis Cœur - Jeudi 18 novembre 2021 - Petit Bain (Paris)

On a beau montrer du doigt les milieux de la politique, du business, du sport pour leur retard en ce qui concerne la parité hommes femmes, la situation n'est guère plus brillante dans le Rock, qui s'est pourtant toujours fièrement vendu comme révolutionnaire, progressiste, voire libérateur vis à vis des comportements "vieux et dépassés"... le Rock est trop souvent masculin, voire macho, alors qu'on constate que son public est depuis deux décennies largement féminin. La nécessité en 2021 d'un festival comme les Femmes s’en Mêlent n'a donc pas encore disparu, et c'est quelque part désolant…

En ce jeudi soir, c'est sur la péniche de Petit Bain que ça se passe, avec une belle affiche de femmes rockers dans tous leurs états !

20h10 : le duo Ottis Cœur, c’est-à-dire Camille et Margaux, devient un trio sur scène avec le renfort imposant de l'impressionnante Sonia à la batterie : mais, fondamentalement, on a affaire à deux filles dissemblables - une grande brune et une petite blonde - qui chantent pourtant parfaitement bien ensemble sur toutes les chansons. Les premières notes laissent présager un power pop un peu sucré à la Go-Go's, avec des textes en français... ce qui est un premier bon point pour elles (puisqu’en dépit d’une scène Rock française meilleure et plus riche qu’elle ne l’a jamais été, on compte sur les doigts des deux mains les groupes qui ont le courage ( ?) de chanter en français !)… Et puis rapidement, on se rend compte que cette musique tape dur, et sec aussi, comme on aime, et on comprend mieux les références aux riot grrrls, à partir de l'impressionnant le son de ta voix, puis du joli règlement de compte de Léon (… qui est un con !) : on réalise alors qu’Ottis Coeur est bien plus dans le rock que dans le sucre. Plus le set avance, plus on se prend d'amour pour cette musique à la fois légère, élégante et dure, qui a de plus l'audace de nous parler frontalement de choses ordinaires de la vie, et pas des plus plaisantes. Belle efficacité du single Je marche derrière toi et final un peu garage avec Devinez la Fin ! 35 minutes qui se sont avérées parfaitement emballantes : une belle découverte, un groupe à suivre.

21h05 : on est heureux de revoir le trio mi-prog, mi-stoner Grandma's Ashes dans des conditions meilleures qu'au Supersonic. Et ce soir, il faut bien dire que le son est parfait et les lumières suffisantes pour pouvoir jouir plus sereinement de leur musique complexe, labyrinthique, tout à tour fascinante et... parfois un peu frustrante. Frustrante parce que si la tension est toujours superbement omniprésente, les explosions de violence sont trop rares pour que notre jouissance soit totale. Les filles ont une classe folle ce soir en noir et blanc, et déploient un savoir-faire technique qui impressionne. Les derniers titres du set de 45 minutes permettent des envolées plus agressives qui illustrent le potentiel du groupe.

22h05 : Gustaf, c’est un quintette originaire de Brooklyn, comme une bonne partie de la nouvelle musique qui compte aujourd'hui, et on peut facilement les prendre pour des rigolos (-tes, plutôt, même si le groupe comprend un mâle, ce pour quoi Lydia Gammill s'excusera en riant plus tard), parce que ça sourit beaucoup sur scène. Et parce qu’il y aura pas mal de petites, voire de grosses plaisanteries au cours du set de plus d’une heure et quart : faire jouer la guitare par le public, faire monter les filles de Ottis Cœur sur scène juste pour crier une fois, sortir de scène avant les rappels en jouant à une sorte de « chat » où la délirante Tarra désigne le musicien qui doit disparaître, ce genre de… gamineries. Mais quand Lydia se prend au jeu (de scène), elle devient aussi possédée que... disons le Nick Cave d'autrefois... et on n'a plus envie de rire devant les claques qu'elle se met dans la figure ou sur la tête, et les regards de démente dangereuse qu’elle nous jette. Du coup, assister à un concert de Gustaf, ça nous a presque incités à écrire quelque chose du genre : "J'ai vu le futur du Rock et il portait une camisole de force". Gustaf, c'est beaucoup plus excitant qu’on l’imagine en écoutant l’album et en regardant les clips, car ça fait un peu peur, et il y a même deux ou trois moments où l’on ne passe pas loin de cette fameuse « bascule » vers l'hystérie générale.

Mais, surprise, surprise, Lydia calme le jeu dans la seconde partie du set, qui prend la forme de longs monologues - dont un en français, bravo et merci – presque hip-hop, mais souriants, cette fois : une quasi-logorrhée qui joue sur la répétition des mots, au contenu politique, posée sur une rythmique métronomique assurée par une basse qui cisaille littéralement l’atmosphère de Petit Bain.

Et non, nous n'avons pas encore parlé de la musique elle-même... eh bien, sur ce point, il y avait débat : on est clairement du côté de Bodega, ce qui ne surprend pas vu l’appartenance des deux formations à la nouvelle scène de Brooklyn. On pourrait identifier des influences B-52’s, Tom Tom Club ou Devo, mais le tout en quelque sorte dans une version décharnée : avec Vram, le guitariste, qui ne fait qu'à s'amuser, avec Tarra qui joue la choriste au premier plan en faisant des plaisanteries avec des cochons en plastique et avec sa voix distordue et masculinisée par les machines, la responsabilité du son repose intégralement sur la section rythmique de Tine à la basse et Melissa à la batterie. Et croyez-nous, cette section rythmique fait des merveilles !

Evidemment, le fait que la setlist contienne l’intégralité de l’album nous aide à trouver nos repères au milieu du chaos général, et des bombes déjantées et drolatiques comme le génial Cruel, le dansant The Motions ou l’agressif et plus post-punk Mine sont riches en sensations fortes. Et originales.

Bref, une superbe soirée, qui confirme une fois de plus combien le Rock est vivant et créatif en 2021, et combien, même largement marginalisée, cette musique-là est essentielle. Bravo et merci aux organisateurs des Femmes d’en Mêlent !

 

La setlist du concert de Grandma’s Ashes :

666

Radish Cure (The Fates EP – 2021)

Daddy Issues (The Fates EP – 2021)

Epopée

Borderlands

Caféine

Aside

 

Les musiciens de Gustaf sur scène :

Lydia Gammill (vocals, flute)

Tine Hill (bass)

Melissa Lucciola (drums)

Vram Kherlopian (guitar and vocals)

Tarra Thiessen (vocals and percussion)

 

La setlist du concert de Gustaf :

Design (Single – 2020)

Best Behavior (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Dream (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

The Motions (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Dog (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Liquid Frown (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Book (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Produce

Mine (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Happy (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Cruel (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Package (Audio Drag For Ego Slobs – 2021)

Boom

What It Means

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

18 novembre 2021

The Hives - Mercredi 17 Novembre 2021 - Olympia (Paris)

2021 11 17 The Hives Olympia Billet

Au moment du choix - impossible - entre aller voir The OSees (ou quelle que soit la manière dont le nom du groupe s’écrive en ce moment…) et The Hives, tous deux en concert le même soir à Paris, notre logique a été totalement influencée par la situation pandémique : il y avait plus de chances qu'un groupe suédois puisse venir jouer qu'un groupe américain, n'est-ce pas ? Et puis les Hives, même si l'on n'espère plus de véritable surprise de la part de nos éternels punks en costume-cravate noir ou blanc, ou noir et blanc, c'est la garantie d'une bonne soirée, avec un grand sourire en prime !

2021 11 17 The Dahmers Olympia (6)

20h30 : The Dahmers sont arrivés dans les bagages des Hives, et nous sont vendus comme un autre groupe punk suédois derrière un nom inspiré – mauvais goût garanti – du fameux serial killer américain. Malheureusement, mal fagotés dans des combinaisons noires ornées de dessins de squelette, ils ressemblent surtout à une version cheap de leurs compatriotes de Ghost. Ou encore à une résurrection du groupe gothique macabre et ridicule des Juicy Fruits, accompagnant Beef dans Phantom of the Paradise... Vous voyez le genre ! The Dahmers jouent ce qui est en fait un hard rock speedé très seventies dans l’esprit - d'ailleurs ils citent à un moment le Highway Star de Deep Purple... Tout cela est à la fois presque enfantin dans la caricature (avec ces titres de chanson grandguignolesques, comme Creepiest Creep, Cold Skin ou Blood on My Hands…) - donc sympathique - et vraiment pas inspiré. Scène typique : ils se font un selfie devant la fosse de l'Olympia en (faux) délire (organisé pour la photo). Le triomphe du paraître ?

21h00 : cette fois, puisque les paris étaient ouverts entre les partisans du blanc et les défenseurs du noir parmi les fans, les Hives ont choisi le costume noir avec des rayures zébrées blanches- phosphorescentes dans l'obscurité, avec la traditionnelle chemise blanche dessous. Très classe, comme toujours. On attaque, sans surprise, par Come On, mais quelque cloche : le son est confus, pas assez fort, la voix de Pelle est presque inaudible, ce qui est très rare à l'Olympia. Pire, le groupe ne dégage pas son habituelle énergie… Mais peu importe, le public parisien est déjà à fond !

2021 11 17 The Hives Olympia (23)

Si le son va s'améliorer (un peu), et si le groupe va progressivement trouver son rythme (Pelle reconnaîtra d'ailleurs, de manière inhabituelle, que les Hives post-pandémie ont un peu de mal à retrouver leurs marques...), la joie et l'énergie du public parisien ne baisseront jamais durant l'heure dix qui va suivre. Et si, au final, ce concert "de retrouvailles" atteindra parfois des sommets, ce sera largement grâce à l'enthousiasme délirant de toutes (beaucoup de filles qui n'hésitent pas à slammer, et qui hurlent) et de tous. Des sommets, il y en aura plusieurs dans la soirée : Won’t Be Long (sans doute leur meilleure mélodie à chanter tous ensemble !), Walk Idiot Walk, et surtout, comme toujours, leur tube parfait, Hate to Say I Told You So : trois moments de joie intense, de profonde satisfaction « physique », trois moments où l’Olympia tout entière, avec tout le monde au balcon debout et dansant, ressemble à un immense chaudron en ébullition. Trois moments où les Hives deviennent un grand groupe.

2021 11 17 The Hives Olympia (14)

Cerise sur le gâteau, Pelle, même s’il continue à assurer son rôle de M. Loyal du cirque des Hives, sera un peu moins bavard qu’à son habitude. On comprend que les dialogues de Pelle avec le public font partie du charme du groupe, qu’ils servent sans doute aussi aux musiciens à reprendre un peu leur souffle entre deux brûlots punks joués à cent à l’heure, mais on est contents de rester dans la mesure à ce niveau-là ! Par contre Pelle et Nicholaus continuent à être tous deux en contact permanent avec les premiers rangs, voire pour Pelle, à se lancer dans quelques slams : il y a des choses qui ne changent pas, et c’est tant mieux !

Le rappel débute par le single de 2019, I’m Alive, assez peu connu mais diablement efficace puisqu’il rompt avec le style habituel du groupe, en étant plus lent et plus lourd, et s’éternisera un peu sur un Tick Tick Boom, certes très attendu, mais trop délayé, entre les présentations humoristiques des musiciens et l’habituel petit jeu de faire asseoir le public (très difficile, vu comme nous sommes entassés !)…

…Mais, au bout de la nuit – courte, quand même, la nuit – l’ambiance incroyable qui régnait dans une Olympia que l’on n’avait pas vu autant à la fête depuis longtemps, fut notre plus belle récompense… à nous comme aux musiciens, visiblement heureux de cette chaleureuse réception.

 

2021 11 17 The Dahmers Olympia (11)

La setlist du concert de The Dahmers :

Quiet Squaler (Witching Hour EP – 2020)

To the Night (In the Dead of Night – 2017)

Creepiest Creep (Down in the Basement – 2018)

Stalker (Demons – 2014)

Cold Skin (In the Dead of Night – 2017)

Blood on My Hands (Down in the Basement – 2018)

Cut Me Down (In the Dead of Night – 2017)

Nightcrawler (In the Dead of Night – 2017)

 

Les musiciens de The Hives sur scène :

Howlin' Pelle Almqvist (Per Almqvist) - chant

Chris Dangerous (Christian Grahn) - batterie

Nicholaus Arson (Niklas Almqvist) - guitare électrique

Vigilante Carlstroem (Mikael Karlsson) - guitare électrique

The Johan and Only (Johan Gustafsson) - basse

 

2021 11 17 The Hives Olympia (41)

La setlist du concert de The Hives :

Come On! (Lex Hives – 2012)

Main Offender (Veni Vidi Vicious – 1999)

Go Right Ahead ! (Lex Hives – 2012)

Paint a Picture

Won't Be Long (The Black & White Album – 2007)

Good Samaritan

Walk Idiot Walk (Tyrannosaurus Hives – 2004)

Two-Timing Touch and Broken Bones (Tyrannosaurus Hives – 2004)

My Time Is Coming ! (Lex Hives – 2012)

See Through Head (Tyrannosaurus Hives – 2004)

Hate to Say I Told You So (Veni Vidi Vicious – 1999)

Encore:

I'm Alive (Single – 2019)

Try It Again (The Black & White Album – 2007)

Tick Tick Boom (The Black & White Album – 2007)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

17 novembre 2021

The Fleshtones / Dynamite Shakers - Mardi 16 Novembre 2021 - Petit Bain (Paris)

2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain Billet

On est en avril 1982 et le Palace, théâtre de nos plus belles nuits Rock parisiennes en dépit - ou plutôt en parallèle - des soirées très branchées qui s'y déroulent, est en feu. Sur scène, le plus beau groupe de garage rock de l'époque, que nous nommons d'emblée et sans hésitation « meilleur groupe scénique de la décennie ».

40 ans ou presque ont passé et les Fleshtones sont toujours là, toujours aussi bons malgré les années qui n'améliorent pas les articulations, mais ne font plus du tout la une des magazines branchés. Pire, nous avons le plus grand mal à convaincre les nouvelles générations de nous accompagner ce soir à Petit Bain où les Fleshtones donnent un concert annoncé il y a peu, et qui n'attire donc comme d'habitude qu’une majorité de déjà convaincus.

2021 11 16 Dynamite Shakers Petit Bain (7)

20h30 : Dynamite Shakers, à la fin de leur set furieux de 45 minutes, reprennent le Too Much Class for the Neighborhood des Dogs, bouclant merveilleusement la boucle, puisque les Dogs avaient ouvert pour les Fleshtones le 15 avril 1982. Et avec quelle énergie et quelle classe... au point qu'on ne se souvient pas, même en confrontant nos propres souvenirs avec ceux d’autres vétérans que les Dogs aient jamais été aussi bons ! Ce quatuor français joue du rock "by the book", et évoquent pas mal les Flamin' Groovies, mais aussi un peu les merveilleux Plimsouls ou encore les Inmates, deux formations-clé lors du retour (définitif) du rock garage dans toute son énergie et son élégance… en moins pop et moins soul sans doute. Mais en plus dur, plus énergique : parfait, en somme. Propulsée par la frappe d'un batteur littéralement colossal, voici une musique qui insuffle une joie ineffable : chanson après chanson, car elles sont toutes impeccables, c'est une déferlante de riffs sauvages, comme on disait à l'époque bénie de notre innocence, avec une attitude scénique parfaite. Le chanteur transpire et est frénétique comme il se doit, le guitariste est en cuir noir et mignon comme un ange, la bassiste assure diaboliquement. Et ces très jeunes gens sont vêtus avec une élégance purement rock’n’roll qui tranche avec 2021, mais a finalement quelque chose de littéralement éternel. Et nous, on ruisselle de bonheur, épuisés d'applaudir aussi fort à la fin de chacune des chansons. Et de crier. Et de sourire. Sans doute l'un des meilleurs concerts de rock'n'roll que l'on ait pu voir cette année, et un groupe prometteur à suivre de très, très près.

2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain (4)

21h30 : Mais est-ce vraiment raisonnable de continuer à jouer du rock garage à près de 70 ans ? C'est une question qui ne se pose pas très longtemps à un set des Fleshtones en 2021. Le temps d'accuser le coup devant les cheveux blancs, les traits plus flasques, les dentitions en danger, quelques minutes - ou même pas, en fait - d'hésitation... et puis on est repartis pour un tour. Car les chansons sont là… - pas les mêmes qu’avant, car, paradoxalement, Peter Zaremba, Keith Streng et Bill Milhizer (auxquels on a désormais le droit d'associer Ken Fox qui est là depuis plus de 30 ans quand même !) ne font pas dans la nostalgie, le passéisme ou je ne sais quoi dans le genre. Ils jouent des chansons qui sont nouvelles, sorties sur leurs derniers albums, et n’incluent dans leur setlist quasiment aucune vieillerie, à part l’inoxydable New Scene de 1983 ! Et surtout ils balancent la purée… Et peut-être même plus qu'à une époque où foutre le bordel et faire les clowns semblait parfois la priorité du groupe.

Streng, qui ne sourit pas plus qu'à l'époque, est resté un guitariste redoutable, s'appuyant confortablement sur la rythmique solide de Milhizer et Fox. Avec ces mecs-là qui assurent derrière lui, Zaremba peut passer une partie de son temps à organiser des petits jeux avec les spectateurs et à haranguer la foule pour bien rappeler que les Fleshtones sont là, nous aiment et jouent pour nous. Le français de Zaremba est devenu très acceptable après toutes ces années, et il reconnaît sans doute pas mal de ses fans qu'il fait monter sur scène. Il continue toutefois à jouer la provocation pince-sans-rire, et à exhorter le public à faire un peu n’importe quoi sans jamais nous adresser un sourire. Le jeu populaire des Fleshtones consiste désormais à demander aux spectateurs de tourner sur eux-mêmes, comme les musiciens le font sur scène, jusqu’à ce que l’étourdissement nous gagne, ce qui permet à Zaremba de nous interroger d’un air interloqué (et en français…) : « Pourquoi ? Mais, pourquoi ?... ». On s’amuse comme on peut, mais on s’amuse bien.

2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain (9)

Signe des temps, quand même, et pas le meilleur, les Fleshtones font désormais des hommages : à Dominique des Dogs (la chanson Dominique Laboubée, qui cite justement Too Much Class for the Neighbourhood), à Charlie Watts (une reprise bien sentie de Child of the Moon des Stones), et surtout aux Ramones. Chacun a droit à son morceau mais celui à la manière des Ramones (Remember the Ramones !) est le plus efficace, reprenant joyeusement les codes de leur musique.

La setlist est bouclée en moins de 50 minutes, mais quand on connaît les Fleshtones, on sait que c’est là que les choses sérieuses (si l’on ose dire…) commencent : une floppée de rappels, formels mais surtout largement informels, Zaremba rappelant sans cesse ses musiciens qui quittent la scène, pour continuer à jouer, à brailler, à chanter, pour que « ça ne s’arrête jamais ! »… jusqu’à ce que ce soit la salle, alors que les onze heures du « couvre-feu » s’approchent, qui décide de couper le son ! C’est ça, la fête du rock’n’roll !

Mais s’il fallait conserver un seul souvenir de cette soirée, on a envie que ce soit ce moment magique des rappels, où les musiciens de Dynamite Shakers ont rejoint les Fleshtones, et où tout le monde a joué ensemble, d’ailleurs avec une facilité déconcertante (on imagine qu’il y avait eu une répétition un peu sérieuse avant) : ce brillant passage de témoin entre les « grands anciens » et les « petits jeunes » nous donne incontestablement de bonnes raisons de croire au futur du Rock’n’Roll !

 

2021 11 16 Dynamite Shakers Petit Bain (13)

La setlist du concert de Dynamite Shakers :

Broken Space

Twisted Individual (Dynamite Shakers – 2021)

She’s Waitin’ (Dynamite Shakers – 2021)

Beautiful Crime

What’s Goin’ On

It’s Too Late (Dynamite Shakers – 2021)

The Sound (Dynamite Shakers – 2021)

Can’t Wait

Split Brain

The French Top Ten (Dynamite Shakers – 2021)

Black Cats

The Bell Behind The Door (Dynamite Shakers – 2021)

Saturday

Blow My Mind

Too Much Class for the Neighborhood (Dogs cover) (Dynamite Shakers – 2021)

 

Les musiciens des Fleshtones sur scène :

Peter Zaremba - chant, harmonica, claviers

Keith Streng - guitare

Ken Fox - basse

Bill Milhizer - batterie

 

2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain (18)

La setlist du concert des Fleshtones :

Love My Lover (The Band Drinks for Free – 2016)

Back to School (Take a Good Look – 2008)

You Gotta Love, Love (Face of the Screaming Werewolf – 2021)

New Scene (Hexbreaker ! – 1983)

Dreaming About Work (Solid Gold Sound – 2001)

Dominique Laboubée

Child of the Moon (The Rolling Stones cover) (Face of the Screaming Werewolf – 2021)

Charlie Chan

Manpower Début (Face of the Screaming Werewolf – 2021)

I Surrender (Bonnie St. Claire cover)

Suburban Roulette (The Band Drinks for Free – 2016)

Remember the Ramones (Wheel of Talent – 2014)

My Kinda Lovin

Soul Shake (Delaney & Bonnie cover)

Alright (The Searchers cover)

(I'm Going Back to) The House on the Hill (Hank Ballard and the Midnighters cover)

Face of the Screaming Werewolf (Face of the Screaming Werewolf – 2021)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

16 novembre 2021

Shannon Wright - Lundi 15 Novembre 2021 - Petit Bain (Paris)

2021 11 15 Shannon Wright Petit Bain Billet

Peu de gens – trop peu de gens en fait – savent combien un concert de Shannon Wright est une expérience forte : ce soir, Petit Bain n’est malheureusement pas complet pour accueillir l’une des expériences musicales actuelles les plus singulières, les plus passionnantes qui soient. Mais peu importe, car tous ceux qui sont là sont de fervents adeptes qui savent pourquoi ils sont venus, et ce qu’ils espèrent vivre à nouveau.

2021 11 15 Cyann Petit Bain (4)

20h30 : la soirée débute avec Cyann, qui nous racontera ensuite n’avoir pas joué live depuis le début de la pandémie. Eh bien, ça ne se voit pas, car la jeune femme est en pleine maîtrise de son installation complexe de claviers, pédales et autres mécanismes technologiques lui permettant à elle seule de produire une musique d’une folle amplitude… Avec en premier lieu sa voix démultipliée, créant une atmosphère planante, glaciale parfois, riche toujours, pendant 45 minutes. Largement arythmique, si l’on excepte la présence d’un beat solitaire pendant une dizaine de minutes au milieu du set, cette musique alterne des passages plus dénudés qui reviennent même vers un format chanson (il y a eu un passage où l’on pouvait penser à une veine similaire à celle de Nick Cave dans son Ghosteen !), et des montées sonores – assorties à un moment à des vibrations qui soumettront la coque de la péniche du Petit Bain à rude épreuve. Cyann témoigne d’une belle insistance à expérimenter, mais si on peut aussi trouver ça fatiguant à force. Une première partie qui conjugue étrangement l’intéressant et le… pénible !

2021 11 15 Shannon Wright Petit Bain (2)

21h30 : avec Shannon Wright, c’est une tout autre histoire, on passe de la musique des machines à la peinture troublante de l’humanité la plus fragile, la plus déchirante. Il faut d’abord savoir que Shannon, on est là pour l'écouter, pas pour la voir : car elle joue dissimulée en permanence derrière son épaisse chevelure. Privés de « spectacle », nous n'avons plus qu'à nous concentrer sur la musique qui, ça tombe bien et on l’a déjà dit, est renversante. Nous voilà face à une impensable tempête d'émotions, un trop plein de sensations qu'il vaut d’ailleurs mieux recevoir les yeux fermés.

Sur un splendide piano classique Yamaha - dont on se demande comment il a pu rentrer sur scène dans le ventre de la péniche -, Shannon nous régale d'un jeu quasi-virtuose, tandis qu'elle égrène des chansons à nous dévaster l'âme, de sa voix à la texture quasi surnaturelle, vibrante comme mille fantômes de souffrances oubliées. Et le contraste entre la splendeur classique du piano et l'inextinguible déchirement du chant est sidérant. Même s’il est impossible de vraiment mettre en avant un morceau au milieu des autres, on pointera une interprétation merveilleuse de Somedays, l’un des sommets de son dernier album – datant déjà de 2019 -, Providence.

2021 11 15 Shannon Wright Petit Bain (10)

D’ailleurs, quand Shannon abandonne son siège devant le piano pour s'emparer de sa guitare électrique, dont elle tire des dissonances et des rythmes contrariés, l'évidente brutalité dont elle fait preuve vis à vis de ses propres chansons paraît presque trop logique, presque pléonastique par rapport à ce que nous venons de vivre.

Au bout de 45 minutes, Shannon quitte la scène avec juste quelques remerciements balbutiés, mais face à notre insistance, elle reviendra nous offrir deux autres brassées de fleurs brisées au piano, dont Avalanche, l’un des morceaux favoris des fans. Et ensuite, elle disparaîtra pour de bon, nous laissant groggys dans une salle que nous n’avons ni l’envie ni la force de quitter aussi vite. Nous nous apercevons alors de la présence parmi nous ni plus ni moins que de Warren Ellis, et également des musiciens des Psychedelic Monks… des gens de bon goût bien sûr, mais aussi des artistes qui placent la sincérité au cœur de leur travail. Ce n’est pas une coïncidence !

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

 

12 novembre 2021

girl in red - Jeudi 11 Novembre 2021 - La Boule Noire (Paris)

2021 11 11 Girl In Red Boule Noire (24)

Concert “secret” de girl in red, annoncé discrètement sur les réseaux sociaux deux jours avant, avec entrée gratuite mais accès très limité aux 100 premières personnes : l’occasion parfaite de revoir dans une petite salle – à la Boule Noire, là où nous l’avions découverte en live il y a déjà deux ans et demi – une artiste qui est déjà passée à une dimension bien supérieure…

Comme c’était prévisible, les jeunes fans de Marie Ulven Ringheim font la queue depuis le début de la matinée pour une ouverture des portes à 19h30. Heureusement, en ce 11 novembre 2021, le temps est clément, froid sec, pas de vent et grand ciel bleu. Petit moment d’angoisse générale à l’entrée, bien gérée par le staff : contrôle du pass sanitaire permettant le contrôle (?) du nom des personnes inscrites sur le site, et les heureux / ses élu(e)s pénètrent enfin dans le lieu de leurs rêves !

20h30 : finalement il est clair qu’on a laissé entrer plus de 100 personnes, ce qui est une bonne chose quand on considère le temps d’attente… L’atmosphère est, comme à chaque fois qu’on voit girl in red sur scène, très jeune (ces hurlements stridents, comme si on était à nouveau à l’époque des Fab Four !), mais surtout très féminine et très chaleureuse. De manière surprenante, il n’y a ni amplis ni retours sur la scène, ce qui éveille des doutes sur la qualité du son auquel on aura droit… et de fait, hormis la voix de Marie, le reste du son ne rendra pas honneur à l’enthousiasme et l’énergie des jeunes musiciens du groupe, qui se déchaînent généreusement sur chaque chanson.

2021 11 11 Girl In Red Boule Noire (12)

Passée un Sérotonine peu convaincant en intro, on retrouve la mécanique très simple de la majorité des chansons de girl in red, cette bedroom pop mélancolique qui explose sur des refrains très efficaces, très rock, où tout le monde hurle en chœur – couvrant régulièrement la sono, qui aurait pu être plus forte – et saute en l’air. C’est évidemment très joyeux et des frissons nous parcourent régulièrement l’échine quand l’enthousiasme des jeunes filles s’approche de l’hystérie. Des morceaux « classiques » du répertoire comme girls (trois ans déjà !) et le fantastique dead girl in the pool sont des pics d’intensité logiques, mais c’est plutôt le très beau Body and Mind, sur un registre différent, qui prouve que Marie a le potentiel de dépasser son statut actuel d’idole adolescente.

Ce qu’il y a de bien avec « Marie et ses garçons », c’est qu’ils ont conservé toute la fraîcheur des premiers jours, cette impression générale d’amateurisme bon enfant et généreux à la fois qui tranche si clairement avec le comportement de jeunes groupes britanniques par exemple. Dès le début du set, Marie surfe sur les bras tendus de ses adoratrices (et adorateurs), et sur le dernier morceau, l’incontournable i wanna be your girlfriend, elle organise le mosh pit pour venir y pogoter elle-même.

Tout au long du concert, elle va continuer à parler beaucoup – on sait combien elle est bavarde, Marie ! – incluant ses fans dans ses monologues sur sa vie de jeune norvégienne gay et presque ordinaire (malgré sa célébrité !). Le problème est que, trois ans après ses débuts remarqués, on aimerait un peu plus d’organisation et de rigueur (on ne va pas parler de professionnalisme, heureusement !) : moins de longs bavardages et un enchaînement plus rapide des chansons qui éviterait des baisses de tension, et des musiciens qui maîtrisent un tantinet mieux leur sujet seraient deux « plus » évidents pour accompagner le niveau de popularité croissante du groupe. On ne peut pas s’empêcher de rester stupéfaits devant le choc survenu sur scène entre le bassiste et l’un des deux guitaristes, qui s’est pris le manche de la basse en plein dans les dents, et a été quasiment mis KO quelques secondes !… Soit le genre de choses qu’on n’avait quasiment jamais vu arriver même pendant les concerts punks les plus survoltés et violents…

De la même manière, le fait que le groupe ne soit pas capable d’accompagner Marie lorsque, pour satisfaire ses fans réclamant plus de chansons, elle voudrait leur offrir un Hornylovesickmess non prévu sur la setlist, pose quand même un souci. Remarquez que Marie n’a pas flanché, qu’elle a pris son courage à deux mains, s’est installée au piano – un instrument qu’elle ne maîtrise pas complètement – et nous a offert une interprétation improvisée en solo et ralentie de la chanson, qui a été l’un des moments les plus touchants du concert… donc nous ne nous plaindrons pas trop !

1h10 d’un set à la bonne franquette, régulièrement réjouissant, mais qui témoigne aussi de la nécessité pour Marie et son girl in red de prendre leur envol, et dépasser ce premier stade des années d’apprentissage.

On se revoit en mai prochain pour faire le point !

 

2021 11 11 Girl In Red Boule Noire (38)

La setlist du concert de girl in red :

Serotonin (if i could make it go quiet – 2021)

You Stupid Bitch (if i could make it go quiet – 2021)

girls (chapter 1 – 2018)

i'll die anyway. (chapter 2 – 2019)

we fell in love in october (single – 2018)

Body And Mind (if i could make it go quiet – 2021)

Did You Come? (if i could make it go quiet – 2021)

dead girl in the pool. (chapter 2 – 2019)

I’ll Call You Mine (if i could make it go quiet – 2021)

midnight love (if i could make it go quiet – 2021)

bad idea! (chapter 2 – 2019)

Hornylovesickmess (if i could make it go quiet – 2021)

i wanna be your girlfriend (chapter 1 – 2018)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

9 novembre 2021

SUUNS - Lundi 8 Novembre 2021 - Maroquinerie (Paris)

2021 11 08 Suuns Maroquinerie Billet

Nombreux sont les gens de goût qui considèrent SUUNS comme l’une des meilleures choses qui soient arrivées au Rock au XXIe siècle. Issus de la prolifique scène de Montréal, ces expérimentateurs forcenés ont réussi à mélanger krautrock, électronique et esprit punk comme peu d’autres groupes l’avaient fait avant eux, et à produite une musique qui ne ressemblait pas à grand-chose d’autre. Et il est encore plus facile de reconnaître que leurs prestations scéniques puissantes sont supérieures à leurs efforts discographiques… ce qui explique une Maroquinerie complète deux soirs de suite, pour un groupe qui n’est pas – et ne sera sans doute jamais – populaire, mais qui a conquis une bonne frange de mélomanes parisiens.

Un peu d’inquiétude tout de même dans notre anticipation de ce concert : le dernier album, The Witness, marque un virage dans la trajectoire du groupe, et convainc moins que ses prédécesseurs, tandis que le claviériste originel, Max Henry, a quitté le groupe, et que Ben Shemie, le leader, vit désormais à Paris, loin de ses collègues. De quoi se faire du souci, non ?

2021 11 08 Sébastien Forrester Maroquinerie (6)

20h : Sébastien Forrester, derrière ses machines et ses percussions, nous embarque pour 35 minutes d'un voyage immobile, en partant d'une stase organique sur laquelle des rythmes tribaux créent la vie… avant que des sons électroniques ne s’intègrent graduellement, nous imposant une transe technologique à laquelle il est difficile de résister… On termine un lent engloutissement dans une sorte d'abyme à l'obscurité oppressante traversée de chaos bruitiste. C'est fascinant, parfois beau, parfois un peu ennuyeux : c’est comme un vrai voyage, en fait, avec tous les états d’âme par lesquels il nous fait passer. Une belle expérience sonore, et parfois même sonique, dans laquelle il faut accepter de se laisser sombrer.

21h : SUUNS sont maintenant réduits officiellement à trois musiciens, Ben au chant, à la guitare et occasionnellement à la basse, Joe Yarmush à la basse et à la guitare, et Liam O’Neill à la batterie et aux percussions électroniques. Mais ce sont cinq personnes qui s’installent sur scène dans une obscurité qui persistera plus ou moins durant toute la durée du set - près d’une heure et demie en incluant deux rappels – puisque les musiciens originels sont désormais soutenus sur scène par deux claviéristes (et saxophoniste). La Maroquinerie a fait le plein de spectateurs et l’ambiance est électrique dans la salle, on sent qu’on à affaire à un groupe qui déchaîne les passions…

2021 11 08 SUUNS Maroquinerie (21)

Le set débute par l’enchaînement de cinq morceaux à la suite de The Witness, des morceaux plus réflexifs, plus intimistes presque pourrait-on affirmer, en particulier sur la longue introduction de Third Stream, des morceaux qui permettent toutefois à Ben d’assumer plus franchement son rôle de chanteur. Et qui ont quelque chose d’un round d’observation entre le groupe et le public. Quelques puissantes montées en tension sur C-Thru nous rassurent quand même sur le fait que SUUNS n’a pas changé tant que ça… même si les très planants Clarity et Go To My Head perdent un peu de notre attention. Quelques super-fans au premier rang en profitent pour aller chercher des bières…

C’est à partir du moment où la setlist revient aux titres plus anciens que le concert prend, inévitablement a-t-on envie de dire, toute son ampleur : Translate est une véritable tuerie, avec un son d’une originalité stupéfiante, tout en force, en brutalité, qui n’évoque rien d’autre de connu… et qui débouche sur un Powers of Ten dévastateur, qui voit toute la Maroquinerie basculer dans la transe. Sur scène, on est inévitablement fasciné par la puissance de frappe de Liam à la batterie, dont chaque coup semble résonner à l’intérieur de notre crâne. Et on tente en vain d’entrevoir le visage du gros nounours chevelu qu’est Joe alors qu’il triture mortellement sa guitare. Après que Ben ait fait une sympathique démonstration de son français sans aucun accent québécois, le set se termine sur un beau The Trilogy très électronique… qui nous donne envie d’en entendre plus…

Et ça tombe bien, SUUNS nous concèdent un double rappel – puisque personne ne veut vraiment partir, ni eux ni nous : les glissements de guitare sur lit d’électronique de 2020, un morceau d’une formidable étrangeté mais qui réussit à être excitant malgré tout, complètent les crowd pleasers que sont Armed For Peace et Gaze, sur lesquels beaucoup de gens présents dans la salle ont découvert le groupe, il y a plus de 10 ans déjà. C’est d’ailleurs étonnant, quand sur Gaze, le saxophone part en délire free sur le martèlement démentiel du morceau, il y a quelque chose des Stooges de Fun House dans ces moments de chaos qui allient une sorte de bestialité et un concept fort…

Une bonne partie des spectateurs dans la salle ont visiblement prévu de revenir le lendemain, pour profiter autant que possible de cette musique singulière, et intensément satisfaisante quand elle part dans des envolées rythmiques ou soniques ébouriffantes. Espérons quand même que l’assagissement du dernier album ne marque pas un changement définitif du groupe, ce serait dommage !

 

La setlist du concert de SUUNS :

2021 11 08 SUUNS Maroquinerie (26)

Third Stream (The Witness – 2021)

Witness Protection (The Witness – 2021)

C-Thru (The Witness – 2021)

Clarity (The Witness – 2021)

Go to My Head (The Witness – 2021)

Fiction (Fiction EP – 2020)

Instrument (Hold/Still – 2016)

Translate (Hold/Still – 2016)

Powers of Ten (Images du Futur – 2013)

Pie IX (Zeroes QC – 2010)

The Trilogy (The Witness – 2021)

Encores:

Gaze (Zeroes QC – 2010)

Armed for Peace (Zeroes QC – 2010)

2020 (Images du Futur – 2013)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

7 novembre 2021

JE Sunde - Samedi 6 Novembre 2021 - Café de la Danse

2021 11 06 JE Sunde Café de la Danse Billet

Plusieurs fois reporté, comme c'est le cas pour de nombreux artistes évidemment, le concert de J.E. Sunde à Paris pour le lancement de son album Nine songs about love 9 songs about love a enfin lieu ce soir au Café de la Danse, mais n'est malheureusement pas complet, malgré les critiques louangeuses reçues un peu partout. Du coup le public est confortablement assis - et ne se lèvera pas - ce qui confère une ambiance à la soirée plus recueillie que chaleureuse. Ambiance un peu troublée par une photographe agitée et pas très pro qui irritera tout le monde et se fera rappeler à l'ordre.

2021 11 06 Corentin Ollivier Café de la Danse (7)

20h05 : on commence avec Corentin Ollivier, jeune artiste originaire d’Angers, qui a fait auparavant du rock en groupe et de l’électro en solo, et qui se présente désormais seul sur scène avec sa vieille guitare qui se désaccorde (c'est lui qui l’affirme !). Il nous propose des chansons folk classiques qui ne retiennent pas particulièrement l'attention, malheureusement. Il nous annonce même une reprise – improbable ? - de LCD Soundsystem, mais que nous n’arriverons pas à réconcilier avec ce que nous connaissons du groupe, et finalement, qui ne tranche pas par rapport au reste des chansons. Peut-être devrait il composer et chanter en français pour pouvoir nous offrir quelque chose d'un peu plus original...? 40 minutes qui nous ont paru bien longues.

21h : J.E. Sunde est là avec deux musiciens - un bassiste et un batteur - pour étoffer sa musique, qui, elle, au contraire de la première partie, pourrait s'en passer. Car la voix de Jon est totalement étonnante, presque féminine parfois et incroyablement... "acide" en même temps. Parfaite pour chanter de la country traditionnelle en fait, même si, à deux ou trois exceptions près, ce n'est pas de la country de Jon compose, mais plutôt un folk rock soyeux, régulièrement nourri de mélodies facilement mémorisables.

2021 11 06 JE Sunde Café de la Danse (11)

Le set de 1h10, rappel de deux titres compris, abordera différents styles et différentes ambiances. On passera avec aisance de l'acoustique à l'électrique, et de la dérision légère dans la description sociale à l'émotion discrète. Pas d'excès de pathos ni de démonstration de virtuosité, on est dans une musique élégante, ancrée dans l'Amérique profonde (Jon vient du Wisconsin), mais ouverte à la lumière du monde. Le seul moment d’émotion véritablement intense, qui sera d’ailleurs suivi d’une très longue ovation générale, sera le délicat et poignant I Don’t Care To Dance, en solo acoustique : un morceau qui amène aussi sûrement les larmes aux yeux qu’une chanson de Nick Drake, auquel on compare parfois Jon (un peu abusivement à notre avis…), et qui constituera indiscutablement le sommet de la soirée.

Même si l’on aimerait beaucoup que Jon persiste dans cette veine « à haut degré d’émotion », il a choisi clairement d’interpréter ses chansons en format beaucoup plus énergique, rock’n’roll si l’on veut, ce que nous serions bien en peine de lui reprocher (même si, du coup, le concert aurait certainement mieux fonctionné avec un public debout !) : comme il le chante clairement sur Clover : « You say God died a long time ago / I guess I’ll try and find salvation then in rock'n'roll »… C’est bien ce qu’on fait tous, Jon !

2021 11 06 JE Sunde Café de la Danse (16)

A la fin, Jon remerciera longuement et chaleureusement les équipes françaises du label et de la production qui ont rendu possible ce concert. Et, en ces temps difficiles où, comme Jon l’a expliqué en présentant sa chanson We Live Each Other's Dreams, un artiste est régulièrement envieux devant ses amis qui ont un boulot leur permettant de nourrir leur famille, il y a quelque chose d'émouvant et d'admirable aussi quand on pense à tous ces gens, même séparés par un océan, qui se battent pour que la musique et l'Art en général continuent à exister.

Une remarque, nous utilisons dans cette chronique le prénom de « Jon » pour Sunde, pour respecter les instructions qu’il a lui-même données, non sans humour ! « Je m’appelle Jon, J.E., c’est juste pour faire le malin sur les pochettes de disques ! ». Car ce mélange d’humanité et de modestie est peut-être bien l’une des plus belles caractéristiques de ce compositeur et interprète de talent.

Dernière partie du set bien énergique comme on aime, avant un rappel qui se termine en solo acoustique sur une nouvelle chanson inspirée par la thérapie de Jon : Blind Curve est une allégorie sur la foi que nous devons avoir quant à notre trajectoire au moment d’aborder un virage sans aucune visibilité. Une conclusion parfaite à une soirée musicale stimulante et parfois très touchante.

 

La setlist du concert de Corentin Olliver

Everything You Thought Would Last (Into Pieces – 2021)

An Ear and a Shoulder (Into Pieces – 2021)

Skin to Skin (new song)

Heal (Into Pieces – 2021)

Reasons to Admit (Into Pieces – 2021)

Someone Great (LCD Soundsystem Cover)

Forever After (Into Pieces – 2021)

Exhale (Into Pieces – 2021)

I Shot An Arrow (Into Pieces – 2021)

 

2021 11 06 JE Sunde Café de la Danse (10)

Les musiciens de J.E. Sunde sur scène :

J.E. Sunde – voix, guitare acoustique, guitare électrique

Andrew - basse

Shane - batterie

 

La setlist du concert de J.E. Sunde :

You Can't Unring a Bell (Shapes That Kiss the Lips of God - 2014)

Love Gone To Seed (9 Songs about Love – 2021)

Clover (9 Songs about Love – 2021)

Sunset Strip (9 Songs about Love – 2021)

I Love You, You’re My Friend (9 Songs about Love – 2021)

Thorns and Roses (Now I Feel Adored – 2017)

Love Leaves a Mark (9 Songs about Love – 2021)

We Live Each Other's Dreams (9 Songs about Love – 2021)

I Don’t Care to Dance (9 Songs about Love – 2021)

Easy Kid (Shapes That Kiss the Lips of God - 2014)

Glory, Gloria (new song)

Risk (9 Songs about Love – 2021)

Wedding Ring (Now I Feel Adored – 2017)

Encore:

A Blinding Flash of Light (Shapes That Kiss the Lips of God - 2014)

Blind Curve (new song)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>
Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...
  • Depuis que j'ai 15 ans, ce qui nous fait un bail, je fréquente les salles de concert de par le monde, au gré de mon lieu de résidence. Il était temps de capturer quelque part tous ces grands et petits moments d'émotion, de rage, de déception, de plaisir...
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog