The Patti Smith Quartet - Dimanche 12 Juillet 2026 - Folies Bergère (Paris)
Patti Smith est l’une des icônes absolues du Rock. Quand on repense à la jeune femme immortalisée par Mapplethorpe sur la pochette elle aussi iconique de Horses, son premier album, et l’un des piliers ou des sommets, suivant l’allégorie que l’on préfère, du Rock, on prend pleinement la mesure du temps qui passe : elle a aujourd’hui 79 ans. Revoir encore et encore Patti sur scène, tant qu’elle peut encore physiquement nous offrir ce bonheur, n’est pas une option, c’est une nécessité. Et un luxe, aussi. Car à la différence de nombre d’artistes de son âge, voire plus jeunes (on pense au semi-naufrage qu’a été le concert de Costello il y a peu), Patti a conservé sa voix, sa force d’expression, son impact « physique » en live.
Il vaut mieux le savoir avant de pénétrer dans une salle des Folies Bergères bien climatisée et aux sièges semble-t-il rénovés, le Patti Smith Group historique n’est plus : exit les fidèles Lenny Kaye et Jay Dee Daugherty, on est passés au Patti Smith Quartet, une formation beaucoup moins punk / garage rock, beaucoup plus « cosy », comprenant surtout le fidèle des fidèles des deux dernières décennies, Tony Shanahan, à la basse et aux claviers, et le fils Jackson Smith à la guitare.
Le set est prévu très tôt ce dimanche, peu après 19 heures et sans première partie, et nombreux seront ceux qui manqueront une partie du concert de Patti, et ce d’autant que, la veille, les horaires étaient un peu plus « habituels », avec un démarrage à 20 heures. Image « iconique » oblige, le public est de tous les âges – même si les vingtenaires sont plus rares -, mais pas forcément « populaire », étant donné le prix des places.
19h10 : Patti Smith est là, accueillie par une salve bruyante d’applaudissements. Elle a un grand sourire sur le visage, elle irradie le plaisir d’être là, même si l’on réalise vite qu’elle se déplace plus lentement, qu’elle a plus de mal à se baisser pour prendre sa gourde. La lumière est excellente, et Patti demandera même qu’on l’augmente, sans doute parce qu’elle a des problèmes de vision… cela nous change très agréablement de la quasi-obscurité dans laquelle se réfugient les groupes d’aujourd’hui. On mentionnera aussi que le son restera parfait du début à la fin du set d’une heure quarante-cinq minutes, à la fois précis et chaleureux : les conditions sont idéales pour profiter de Patti !
Toujours militante – mais en faveur de l’humanité et de la poésie, plus que directement « anti-Trump », ses premiers mots sont pour affirmer que dans un monde divisé, fragmenté même, comme le nôtre, nous affirmer en tant que « peuple » est essentiel. Et que c’est pour ça qu’elle lance le set par Ghost Dance, cette magnifique chanson reprenant l’histoire des États-Unis là où elle aurait dû se poursuivre, avec les Indiens d’Amérique, les « native Americans » dansant ensemble pour l’unité, pour la vie : « We shall live again, we shall live again / We shall live again, shake out the ghost dance ! ». Impossible de retenir une larme, à ce moment-là, tant c’est fort, tant c’est beau. Et comme Patti enchaîne avec l’également sublime Dancing Barefoot, on s’accroche pour ne pas trembler de saisissement : on pourrait bien être au début de l’un des concerts de l’année !
Revenge, moins marquant, nous permet de nous ressaisir. On remarque le jeu de guitare du fiston Jackson, plus souple, plus fluide, presque jazzy par moments, que celui de Lenny Kaye, qui colore la musique d’une atmosphère plus « laidback », clairement moins rock qu’auparavant. Patti nous raconte ses échanges à la librairie parisienne « Shakespeare & Co », où on lui a raconté la lecture historique par William Burroughs de son Naked Lunch, à laquelle assistait Allen Ginsberg qui s’était dévêtu pour sa propre lecture afin de frapper l’auditoire… Parfaite introduction pour nous offrir un poème de Ginsberg : c’est Spell (sur l’album moins connu Peace and Noise…). Patti a chaussé ses grosses lunettes pour lire le texte, mais sa voix est ferme, sa conviction magnifique, et le crescendo musical final bouleversant. « The world is holy! The soul is holy! The skin is holy! The nose is holy! The tongue and cock and hand and asshole holy! »…
La version de Summer Cannibals que le Patti Smith Quartet nous offre ensuite nous rappelle que Gone Again avait été un bon disque de retour aux affaires de Patti après un long silence, mais c’est quand même quand elle reprend son éternelle posture de « fan éternelle » que Patti montre qu’elle n’a pas changé. On ne célèbrera pas Rimbaud cette fois, mais Jim Morrison : par le récit de sa première visite au Père Lachaise en 1973 (avant qu’il ait une vraie pierre tombale), puis par l’évocation d’un rêve où Jim s’évade d’une statue de pierre dans laquelle il était prisonnier… C’est la genèse de la chanson Break It Up, qui est interprétée dans la foulée, mais à laquelle manque les cris de la guitare de Lenny Kaye. Et l’hommage est sublimé par une très belle version du Crystal Ship des Doors (« on croirait que la chanson a été écrite pour elle ! », me murmure un ami…).
Et c’est là que le set, jusque-là impeccable, se délite. Patti prend sa pause, ce qui est bien compréhensible, laissant la scène – et le chant – à Shanahan : le groupe nous inflige une mauvaise version du Walk On The Wild Side de Lou Reed, avec un Shanahan particulièrement à la peine aux vocaux (il s’en rend compte et s’en excuse : « Ils m’ont forcé à le faire ! »), puis une reprise anecdotique du Isn’t It a Pity de George Harrison. Quand Patti revient, la faiblesse de la fin de la setlist ne va pas lui permettre de retrouver la même magie : trois titres mous de Gone Again et de Trampin’, alors qu’on espérait les brûlots rock de premiers albums, c’est dur à avaler. Quant au final sur l’incontournable Because the Night, s’il enflammera le public, il faut bien avouer que la version qu’en joue le Patti Smith Quartet manque de flamme et de conviction.
Le rappel se réduit à une seule chanson, l’anodin Power to the People, qui ne vaut réellement que par ses paroles. C’était néanmoins sympathique d’accueillir sur scène Jesse, la fille de Patti, aux claviers… Gloria, indiqué sur la setlist avec un point d’interrogation, passera à la trappe, mais vu le profil du groupe, ce n’est peut-être pas plus mal.
Pour finir, le « grand concert » entraperçu s’est évanoui dans une seconde partie qui manquait de fougue et d’intensité, mais on ne peut guère parler de déception : ce serait très injuste, tant la voix et la présence de Patti Smith sur scène ont constitué un motif de grand bonheur. Une icône, on vous dit.
Les musiciens de Patti Smith sur scène :
Patti Smith – chant, poésie, guitare
Jackson Smith – guitare électrique
Tony Shanahan – basse, claviers
Seb Rochford – batterie
La setlist du concert de Patti Smith :
Ghost Dance (Easter - 1978)
Dancing Barefoot (Wave – 1979)
Revenge (Wave – 1979)
Spell (Footnote to Howl) (Allen Ginsberg poem) (Peace and Noise – 1997)
Summer Cannibals (Gone Again – 1996)
Break It Up (Horses - 1975)
The Crystal Ship (The Doors cover)
Walk on the Wild Side (Lou Reed cover) (Tony Shanahan sang lead)
Isn't It a Pity (George Harrison cover) (Tony Shanahan sang lead)
Fireflies (Gone Again – 1996)
Beneath the Southern Cross (Gone Again – 1996)
Peaceable Kingdom (Trampin’ – 2004)
Because the Night (Easter - 1978)
Encore:
People Have the Power (Dream of Life – 1988) (With her daughter Jesse joining on keyboards)
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