The Inspector Cluzo à la Maroquinerie (Paris) le dimanche 1er février 2026
Voilà une soirée dont j’attendais beaucoup, n’ayant encore jamais eu l’occasion de voir The Inspector Cluzo, le célèbre duo de fermiers-rockers sur scène. J’ai soigneusement choisi le concert du dimanche soir parmi les cinq organisés à la Maro par le groupe, de retour d’une longue tournée mondiale : le dimanche soir est toujours une bonne soirée pour la musique live, avec une atmosphère différente et un public plus convaincu – les fêtards des vendredi et samedi soir faisant plutôt l’impasse. J’étais loin de soupçonner, en faisant la queue que j’allais vivre l’une de mes pires expériences « musicales » depuis… des mois ? Des années ?
20h00 : Tout commence pourtant magnifiquement avec Grant Haua, le bluesman / ex-rugbyman néo-zélandais dont j’admire les albums depuis plus de cinq ans sans avoir encore jamais réussi à voir un de ses concerts. Avec un look bien différent, plus sage, que celui affiché sur la pochette de son dernier album, Grant nous régale pendant quarante minutes, seul avec ses deux guitares acoustiques, de ses chansons, dans un registre à la fois dépouillé et rapidement très entraînant. Il faut dire qu’au-delà de sa présence charismatique (voici un homme qui respire la… bonté, ce qui n’est pas fréquent), sa voix superbe, on découvre en live sa virtuosité à la six-cordes. La vitesse à laquelle ses doigts bougent sur le manche est stupéfiante, et il est difficile de ne pas être fasciné. Comme en plus les chansons sont belles, balaient plusieurs registres musicaux, du blues bien sûr au folk en passant même par quelques accents pop avec de belles mélodies, le public de la Maro (qui n’est pas sold out ce soir, mais bien remplie) est rapidement sous le charme de ce diable d’homme. Une très belle expérience.
21h00 : Laurent Lacrouts (chant, guitare, chevelure hirsute) et Mathieu Jourdain (batterie, tiré quant à lui à quatre épingles dans un noir et blanc élégant), c’est-à-dire The Inspector Cluzo, lancent leur set devant un public qui leur est totalement acquis et n’attend visiblement que du plaisir de cette soirée. Ils sont là pour soutenir leur album Less Is More, sur le thème – logique pour ces militants écolos acharnés – de la décroissance, ou plutôt de la croissance locale, sur un modèle différent de celui prôné par le capitalisme emballé qui nous emmène tout droit dans le mur. Ils commencent donc par le titre éponyme, ce qui me permet de réaliser que, en ce qui concerne mon envie d’entendre du « blues-rock rural », comme l’avait qualifié un ami, je vais être déçu. Leur musique ressemble surtout à une sorte de hard rock pataud et brouillon, dont je pressens qu’il ne va tenir la route que grâce à deux éléments : l’énergie déployée, en particulier par Mathieu à la batterie, et la voix, vraiment intéressante, de Laurent, qui va alterner entre chant rauque et falsetto soul du plus bel effet. Pour le reste, je me rends compte que ce que joue le duo n’est pas vraiment ma « tasse de thé » (ou mon verre de tord-boyaux), et je comprends mieux la présence de tee-shirts de metal dans l’assistance.
Mais le problème, ce qui sera pour moi le GROS problème de la soirée, n’est pas dans la musique, mais dans les déclarations – incessantes – de Laurent. Si l’on sourit quand il traite d’emblée Neil Young « d’abruti » (pas une surprise, vu l’imbroglio de l’absence de The Inspector Cluzo en première partie à l’Adidas Arena l’année dernière), il est déjà plus difficile d’avaler l’une de ses premières interactions avec le public, quand il demande qui a lu Guy Debord, et que devant le peu de mains levées dans la fosse, il nous lance un « c’est un peu le pourcentage de gens qui lisent des livres en France, non ? ». Le problème est que ça pourrait être drôle, un peu taquin, mais c’est exactement l’inverse : derrière la bonhommie familière affichée, on reconnaît l’arrogance habituelle de l’intellectuel français, sûr de sa supériorité sur ceux qui ne pensent pas comme lui, sur ceux qui n’ont pas lu les mêmes livres, ceux qui ne connaissent pas les philosophes, etc.
Ce mépris va se traduire tout au long de la soirée par des déclarations de plus en plus désagréables : à propos des Américains ignares, de ces bikers qui ne connaissent pas Thoreau (Quels barbares, ces Américains !) ; à propos de l’accord avec le Mercosur, évidemment inacceptable pour le paysan du Sud-Ouest, sans une pensée pour le paysan sud-américain (le « local » a bon dos, qui fleure bon le nationalisme borné) ; à propos de ces fans qui commettent l’outrage ultime d’aller écouter de la musique à Rock en Seine au lieu de rester dans les petits clubs ; à propos des autres groupes qui ne savent pas jouer et utilisent TOUS des backing tracks ; à propos de ces « communistes millionnaires » (comme Neil Young) ou « milliardaires » (comme Springsteen) qui n’ont pas la légitimité de défendre le peuple ; à propos d’Iggy Pop qui montre sa bite mais ne les autorise pas à reprendre une de ses chansons (ou quelque chose comme ça…) etc. Seuls parangons de vertu dans ce monde pourri, The Inspector Clouzot et leurs potes, qui sont des gens intègres, respectueux, courageux, droits dans leurs bottes. Bon, Laurent, dans un moment d’intense magnanimité, nous rassure : « Des gens bien, il y en a partout ! », soit le genre d’affirmation du même tonneau que le fameux : « Je ne suis pas raciste, j’ai un ami qui est noir ! ». Tout va bien, on respire !
Bref entre l’étalage d’une telle autosatisfaction (« Nous, on a des couilles, on joue dans l’Amérique profonde face à des bikers déchaînés ») qui serait ridicule si elle n’était pas aussi puérile, le refus radical d’accepter que d’autres opinions que les siennes peuvent exister, et une posture exsudant ce mépris caractéristique des extrémistes (de droite comme de gauche), il m’est devenu peu à peu insupportable d’assister à un tel déballage. Quant au public, persuadé d'être du "bon côté de l’histoire", il était ravi. Comme sont ravis les fans de MAGA devant un discours de Trump aux USA, ou les LFIstes devant les éructations de Mélenchon et sa clique.
Difficile d’écouter la musique – assez quelconque, à mon goût – jouée ce soir, quand on a un goût aussi désagréable dans la bouche. Juste l’envie de s’enfuir le plus rapidement possible loin de cette exhibition de certitudes inébranlables et de suffisance.
Bon, je suis resté jusqu’au bout. Comme on resterait à un meeting du RN ou de LFI, pour se souvenir du niveau de bêtise qu’on peut atteindre, surtout quand on se prétend « éclairé ».
La setlist du concert de The Inspector Cluzo :
Less Is More (Less Is More – 2025)
Catfarm (Less Is More – 2025)
As Stupid As You Can (Less Is More – 2025)
The Outsider (Horizon – 2023)
A Man Outstanding in His Field (We the People of the Soil – 2018)
We Win Together, I'm Losing Alone (Less Is More – 2025)
Fishermen (Rockfarmers – 2016)
Thoreau (Less Is More – 2025)
The Greenwashers (Less Is More – 2025)
Rockophobia (Horizon – 2023)
Almost Cut My Hair (David Crosby cover)
Put Your Hands Up (The 2 Mousquetaires – 2012)
Encore:
Journey Men (Less Is More – 2025)
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