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Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

24 juillet 2026

The Datsuns, Public House et Straight Arrows - Jeudi 23 Juillet 2026 - Square Dom Bedos (Bordeaux)

Pour tous ceux qui ne peuvent pas être à Binic – l’un des plus beaux festivals de France - en cette fin juillet, il y a une bonne nouvelle : certains groupes de la programmation de la Nef D Fous profitent de leur venue en France pour tourner un peu, avant ou après le festival. Ce qui nous vaut ce jeudi une bien belle affiche à Bordeaux, dans le cadre du Festival Relâche… en tous cas pour ceux qui aiment leur rock brutal et remuant (australien, quoi !). The Datsuns – néo-zélandais, en fait, mais bon -, Public House (découverts et déjà applaudis à Binic l’année dernière) et nos petits chéris de Straight Arrows (depuis leur album On Top! de 2018…) se produisent dans l’enceinte du bien sympathique Square Dom Bedos, à l’arrière de l'église Ste Croix.

Ouverture des portes à 19h, le site comporte pas mal de stands, nourriture, boissons, artisanat, merchandising, il y a de quoi s’occuper en attendant l’ouverture des hostilités musicales. Malheureusement le public met du temps à arriver, et se masse d’abord craintivement loin de la scène…

Ce qui fait que quand les « garage punk rockers » de Sydney, Straight Arrows montent débutent leur set, à 20h30, ils ne reçoivent pas l’accueil qu’ils méritent. Pourtant, très rapidement, alors qu’ils enchaînent des brûlots bien troussés de deux minutes, il est clair qu’on a affaire à un groupe également passionnant sur scène. Owen Penglis est un chanteur leader bien remuant, avec un petit côté Pete Townshend pour ses moulinets à la guitare… mais également dans sa musique. Car comme chez les grands ancêtres, toutes les chansons sont soit mélodiquement solides, soit portées par des riffs sanglants, soit les deux. La musique de Straight Arrows est joyeuse, énergique et très efficace. On a aussi remarqué qu’Owen portait un bandage à son poignet droit : il nous explique avoir été mordu par un chien, et avoir déjà composé une chanson sur cette mésaventure, Dog Bite, un punk rocker colérique que le groupe va nous interpréter. Une grosse demi-heure de bonheur quasi-total, qui souffre seulement d’un enthousiasme limité de la part d’un public encore clairsemé…

21h35 : … ce qui ne sera pas le cas avec Public House : devant un public désormais conséquent et agréablement turbulent, ils mettent le feu - comme à chaque fois - avec leur mélange de hard et de punk (hardcore), avec Wolfgang Buckley (ex-Stiff Richards), leur chanteur surexcité qui sait comme personne comment mettre une foule dans sa poche. C'est un crescendo dévastateur de violence et de colère (politique), en particulier quand le groupe attaque son hit actuel, Police State, qui questionne l’état de la démocratie dans nos sociétés : Wolfgang se déchaîne sur l’avancée de la scène, puis descend dans le moshpit « éveiller » tout le monde à la danse chaque membre du public. On regrettera quand même que ça devienne un peu trop violent, alors que dans le public, nombreuses sont les jeunes femmes qui se font bousculer. Bordeaux, il y a encore des progrès à faire en termes de comportement masculin dans les concerts punks !

Bon, les copains du groupe qui jouent aussi à Binic viennent renforcer le quatuor pour que le set se termine dans une atmosphère de liesse et de chaos : Public House est en effet rejoint sur scène par leur « driver » (?) à la guitare, puis par des membres de Straight Arrows et des Datsuns. L'esprit Binic souffle sur Bordeaux, et c'est impressionnant ! On notera un final bref et furieux sur le morceau Future, un appel à prendre en main le nôtre, qui sonne particulièrement pertinent en ce moment. 45 minutes d'une belle intensité, qui permet à cette musique parfois un peu simpliste de se transcender sur scène.

23h00 : la préparation du matériel de The Datsuns a été assez laborieuse et a pris plus se temps que prévu (un problème technique ?), ce qui fait que les tueurs néo-zélandais sont visiblement un peu énervés quand ils attaquent leur set. Leur look – vêtus de noir, cheveux longs – très seventies correspond idéalement à leur musique, qui ce soir, nous est livrée dans une version sonnant particulièrement extrémiste. Par rapport à leur dernier passage parisien, l’année dernière à la Maroquinerie, on dirait que le groupe a durcit son jeu, tout en rendant sa musique plus froide, plus impérieuse. Avec des lumières agressives au point de nous brouiller la vue (et on ne parle même pas de faire des photos corrects), les Datsuns sont là pour déployer ce soir une véritable démonstration de force.

Ce qui cause, avouons-le, un choc « thermique » après la bouillante énergie de Public House. Et ça se sent dans le public qui, mis à part les « vrais fans » connaissant bien le groupe qui sont en transe au premier rang, semble assez circonspect durant les vingt premières minutes. Le « tube » Sittin’ Pretty est joué sans doute trop tôt dans le set pour nous embarquer en dépit de son efficacité, et je trouve, comme à chaque fois, qu’il y a quelque chose de « clinique » dans la manière dont The Datsuns jouent leur (Hard) Rock « killer ». Difficile donc de s’exciter, de lâcher les amarres et de sombrer dans la frénésie. Bien sûr, le fabuleux Mf from Hell – qui aurait pu figurer sur Tyranny and Mutation du Blue Öyster Cult – fait toujours un p… d’effet.

Cela dit, on peut penser que dans l’atmosphère particulièrement torride du Festival de Binic, il y aura plus de chances que l’hystérie générale se déclenche que dans un Square Dom Bedos avec assez peu de fans de ce genre de musique extrême ! Alors, vous qui serez là-bas, vous nous raconterez !

La setlist du concert de Straight Arrows :

Headache (On Top! – 2018)

Don't Shoot Me (Surface World – 2025)

Petrified (Rising – 2014)

21st Century (On Top! – 2018)

Middleman (EP – 2026)

Make Up Your Mind (Rising – 2014)

Once Before

Never Enough (Rising – 2014)

It Happens Again (It’s Happening – 2010)

Out and Down (On Top! – 2018)

Fast Product (Surface World – 2025)

Dog Bite

Haunted Out (It’s Happening – 2010)

Bad Temper (It’s Happening – 2010)

13 juillet 2026

The Patti Smith Quartet - Dimanche 12 Juillet 2026 - Folies Bergère (Paris)

Patti Smith est l’une des icônes absolues du Rock. Quand on repense à la jeune femme immortalisée par Mapplethorpe sur la pochette elle aussi iconique de Horses, son premier album, et l’un des piliers ou des sommets, suivant l’allégorie que l’on préfère, du Rock, on prend pleinement la mesure du temps qui passe : elle a aujourd’hui 79 ans. Revoir encore et encore Patti sur scène, tant qu’elle peut encore physiquement nous offrir ce bonheur, n’est pas une option, c’est une nécessité. Et un luxe, aussi. Car à la différence de nombre d’artistes de son âge, voire plus jeunes (on pense au semi-naufrage qu’a été le concert de Costello il y a peu), Patti a conservé sa voix, sa force d’expression, son impact « physique » en live.

Il vaut mieux le savoir avant de pénétrer dans une salle des Folies Bergères bien climatisée et aux sièges semble-t-il rénovés, le Patti Smith Group historique n’est plus : exit les fidèles Lenny Kaye et Jay Dee Daugherty, on est passés au Patti Smith Quartet, une formation beaucoup moins punk / garage rock, beaucoup plus « cosy », comprenant surtout le fidèle des fidèles des deux dernières décennies, Tony Shanahan, à la basse et aux claviers, et le fils Jackson Smith à la guitare.

Le set est prévu très tôt ce dimanche, peu après 19 heures et sans première partie, et nombreux seront ceux qui manqueront une partie du concert de Patti, et ce d’autant que, la veille, les horaires étaient un peu plus « habituels », avec un démarrage à 20 heures. Image « iconique » oblige, le public est de tous les âges – même si les vingtenaires sont plus rares -, mais pas forcément « populaire », étant donné le prix des places.

19h10 : Patti Smith est là, accueillie par une salve bruyante d’applaudissements. Elle a un grand sourire sur le visage, elle irradie le plaisir d’être là, même si l’on réalise vite qu’elle se déplace plus lentement, qu’elle a plus de mal à se baisser pour prendre sa gourde. La lumière est excellente, et Patti demandera même qu’on l’augmente, sans doute parce qu’elle a des problèmes de vision… cela nous change très agréablement de la quasi-obscurité dans laquelle se réfugient les groupes d’aujourd’hui. On mentionnera aussi que le son restera parfait du début à la fin du set d’une heure quarante-cinq minutes, à la fois précis et chaleureux : les conditions sont idéales pour profiter de Patti !

Toujours militante – mais en faveur de l’humanité et de la poésie, plus que directement « anti-Trump », ses premiers mots sont pour affirmer que dans un monde divisé, fragmenté même, comme le nôtre, nous affirmer en tant que « peuple » est essentiel. Et que c’est pour ça qu’elle lance le set par Ghost Dance, cette magnifique chanson reprenant l’histoire des États-Unis là où elle aurait dû se poursuivre, avec les Indiens d’Amérique, les « native Americans » dansant ensemble pour l’unité, pour la vie : « We shall live again, we shall live again / We shall live again, shake out the ghost dance ! ». Impossible de retenir une larme, à ce moment-là, tant c’est fort, tant c’est beau. Et comme Patti enchaîne avec l’également sublime Dancing Barefoot, on s’accroche pour ne pas trembler de saisissement : on pourrait bien être au début de l’un des concerts de l’année !

Revenge, moins marquant, nous permet de nous ressaisir. On remarque le jeu de guitare du fiston Jackson, plus souple, plus fluide, presque jazzy par moments, que celui de Lenny Kaye, qui colore la musique d’une atmosphère plus « laidback », clairement moins rock qu’auparavant. Patti nous raconte ses échanges à la librairie parisienne « Shakespeare & Co », où on lui a raconté la lecture historique par William Burroughs de son Naked Lunch, à laquelle assistait Allen Ginsberg qui s’était dévêtu pour sa propre lecture afin de frapper l’auditoire… Parfaite introduction pour nous offrir un poème de Ginsberg : c’est Spell (sur l’album moins connu Peace and Noise…). Patti a chaussé ses grosses lunettes pour lire le texte, mais sa voix est ferme, sa conviction magnifique, et le crescendo musical final bouleversant. « The world is holy! The soul is holy! The skin is holy! The nose is holy! The tongue and cock and hand and asshole holy! »…

La version de Summer Cannibals que le Patti Smith Quartet nous offre ensuite nous rappelle que Gone Again avait été un bon disque de retour aux affaires de Patti après un long silence, mais c’est quand même quand elle reprend son éternelle posture de « fan éternelle » que Patti montre qu’elle n’a pas changé. On ne célèbrera pas Rimbaud cette fois, mais Jim Morrison : par le récit de sa première visite au Père Lachaise en 1973 (avant qu’il ait une vraie pierre tombale), puis par l’évocation d’un rêve où Jim s’évade d’une statue de pierre dans laquelle il était prisonnier… C’est la genèse de la chanson Break It Up, qui est interprétée dans la foulée, mais à laquelle manque les cris de la guitare de Lenny Kaye. Et l’hommage est sublimé par une très belle version du Crystal Ship des Doors (« on croirait que la chanson a été écrite pour elle ! », me murmure un ami…).

Et c’est là que le set, jusque-là impeccable, se délite. Patti prend sa pause, ce qui est bien compréhensible, laissant la scène – et le chant – à Shanahan : le groupe nous inflige une mauvaise version du Walk On The Wild Side de Lou Reed, avec un Shanahan particulièrement à la peine aux vocaux (il s’en rend compte et s’en excuse : « Ils m’ont forcé à le faire ! »), puis une reprise anecdotique du Isn’t It a Pity de George Harrison. Quand Patti revient, la faiblesse de la fin de la setlist ne va pas lui permettre de retrouver la même magie : trois titres mous de Gone Again et de Trampin’, alors qu’on espérait les brûlots rock de premiers albums, c’est dur à avaler. Quant au final sur l’incontournable Because the Night, s’il enflammera le public, il faut bien avouer que la version qu’en joue le Patti Smith Quartet manque de flamme et de conviction.

Le rappel se réduit à une seule chanson, l’anodin Power to the People, qui ne vaut réellement que par ses paroles. C’était néanmoins sympathique d’accueillir sur scène Jesse, la fille de Patti, aux claviers… Gloria, indiqué sur la setlist avec un point d’interrogation, passera à la trappe, mais vu le profil du groupe, ce n’est peut-être pas plus mal.

Pour finir, le « grand concert » entraperçu s’est évanoui dans une seconde partie qui manquait de fougue et d’intensité, mais on ne peut guère parler de déception : ce serait très injuste, tant la voix et la présence de Patti Smith sur scène ont constitué un motif de grand bonheur. Une icône, on vous dit.

Les musiciens de Patti Smith sur scène :

Patti Smith – chant, poésie, guitare

Jackson Smith – guitare électrique

Tony Shanahan – basse, claviers

Seb Rochford – batterie

La setlist du concert de Patti Smith :

Ghost Dance (Easter - 1978)

Dancing Barefoot (Wave – 1979)

Revenge (Wave – 1979)

Spell (Footnote to Howl) (Allen Ginsberg poem) (Peace and Noise – 1997)

Summer Cannibals (Gone Again – 1996)

Break It Up (Horses - 1975)

The Crystal Ship (The Doors cover)

Walk on the Wild Side (Lou Reed cover) (Tony Shanahan sang lead)

Isn't It a Pity (George Harrison cover) (Tony Shanahan sang lead)

Fireflies (Gone Again – 1996)

Beneath the Southern Cross (Gone Again – 1996)

Peaceable Kingdom (Trampin’ – 2004)

Because the Night (Easter - 1978)

Encore:

People Have the Power (Dream of Life – 1988) (With her daughter Jesse joining on keyboards)

4 juillet 2026

Elvis Costello & The Imposters - Vendredi 3 Juillet 2026 - Olympia (Paris)

Je l’affirme avec fierté, Elvis Costello a été pour moi, pendant dix ans – à partir de son My Aim Is True en 1977 jusqu’à la première déception qu’ a été le virage de Spike – l’artiste qui a affiné mon approche de la musique, ainsi que mes goûts en la matière : prépondérance de la mélodie dans une tradition pop classique, importance primordiale des textes (je considère Costello comme LE plus grand parolier du Rock, lui qui a même dépassé Ray Davies), versatilité musicale plutôt que fidélité à un seul style, et puis, en live… capacité à déclencher des émotions déchirantes comme des élans de colère épique. Quelque part, je sais que je juge toujours les artistes en utilisant la « grille Costello », sorte de standard de la perfection dans mon monde à moi. Et puis, rappelons, ce qui n’est pas rien, que c’est Costello qui m’a initié à l’Americana, à la country music, à toutes ces choses « exotiques », qui semblaient bien éloignées, quand j’avais 20 ans et quelques, de ma « culture punk londonienne ».

Aller revoir Costello sur scène, après son cancer, après toutes ces années à l’avoir manqué, était donc un must, mais aussi un risque énorme : comment se confronter au déclin d’un artiste aussi essentiel dans ma cosmogonie ? Et ce d’autant que les critiques britanniques avaient été assassines à propos de cette tournée consacrée peu ou prou à la première décennie de Costello : vocalement, c’était en général l’adjectif « désastreux » qui revenait le plus souvent dans les comptes-rendus. Et puis, l’annulation du concert de la veille pour des raisons de santé venait en rajouter une couche…

19h30 : dans une Olympia en configuration assise, remplie principalement de quinquagénaires blanchis sous le harnais (ce qui est logique), un artiste français, Kessada, ouvre les hostilités. Il est accompagné de deux jeunes femmes, l’une derrière deux ordinateurs, et l’autre à la guitare. Le premier morceau est intrigant, mélange bizarre de chanson française, de rock et de bidouillages électroniques, porté quand même par une jolie énergie quand le géant Kessada (il mesure deux mètres trois, me semble-t-il, une information communiquée par l’artiste lui-même quand il raconte qu’on le harcelait à l’école quand il était… petit) se laisse aller aux percussions. Malheureusement, cet intérêt initial s’étiole rapidement au fil des morceaux suivants, qui sombrent dans une quasi-nullité qui ne peut que nous consterner.

Disciple sincère de Frédéric François, Kessada se vautre dans les clichés de la pire variétoche hexagonale, sans avoir même la voix qui lui permettrait de faire illusion. A ses côtés, ses deux acolytes font de la figuration, voire ce qui ressemble à du playback pour la guitariste – en tout cas à peu près inaudible dans le mix. Voici l’une des choses les plus médiocres qu’on ait entendues depuis longtemps, au point qu’on se demande, alors que la scène Rock française est aussi riche en talents, pourquoi Kessada est là devant nous. Il nous expliquera qu’il a travaillé avec Steve Nieve, le génial pianiste de Costello, durant le confinement (et d’ailleurs, un EP conjoint a été produit à l’époque), ce qui confirme que le copinage n’est pas la meilleure façon de respecter le public.

20h30 : C’est Ghost Rider de Suicide qui annonce l’entrée en scène d’Elvis Costello et de ses Imposters (soit les Attractions sans Bruce Thomas, mais avec un autre bassiste), accompagnés du formidable Charlie Sexton à la guitare. Plutôt un bon signe, évidemment, indiquant qu’Elvis veut « en découdre ».

On sait, pour avoir regardé les setlists de la tournée, que le concert aura trois volets : on débutera par des chansons des tous débuts de Costello, puis on changera de registre musical en abordant ses aventures country / folk / soul US, avant de terminer par un retour au Rock énervé, et par les « tubes » les plus intenses et / ou les plus connus. Ce qu’on ne sait pas, par contre, ce sont les titres qui seront joués, près de la moitié de la setlist changeant chaque soir ! Ce qui est incontestablement un « plus ».

Mais ce qui est horrible, c’est que le démarrage de la soirée est littéralement cauchemardesque, avec un Elvis qui chante horriblement faux, dont la voix n’est plus capable d’offrir une interprétation au minimum acceptable des chansons. Mais aussi avec un groupe « mou du genou », sans aucune dynamique musicale, affaiblissant systématiquement les morceaux. Et, cerise sur un gâteau bien pourri, un son pâteux, voire boueux, indigne de l’Olympia, une salle où on a très souvent entendu le meilleur. Il n’y a honnêtement rien à sauver des premières quarante-cinq minutes du set, qui plongent d’ailleurs la salle tout entière soit dans la consternation, soit dans la torpeur. Lovers’ Walk peut-être ? D’autant que la guitare de Charlie Sexton est la seule chose qui surnage de ce gloubi-boulga indigne. En tous cas, Mystery Dance ne fera danser personne, le génial Watching the Detectives est une réelle souffrance, et même la chanson parfaite qu’est Beyond Belief ne ressemble absolument à rien. A ce stade, il est tout à fait logique de vouloir mettre fin à notre souffrance et de quitter la salle.

Costello, portant désormais une petite moustache ridicule, reste le cabotin qu’il a toujours été, même si les quelques blagues qu’il fera ne feront rire personne, et qu’on le préférait logiquement en rocker méchant qu’en septuagénaire conciliant. C’est à ce moment que le groupe, qui était jusque là positionné sur la droite de la scène (hormis Steve Nieve), émigre vers la gauche, et se rapproche autour d’Elvis, pour la partie « roots / US » du set. Une vraie rupture qui va permettre à la soirée de repartir d’un autre pied… même si le démarrage sur Almost Blue est encore une fois catastrophique, Elvis étant désormais incapable de la chanter. Heureusement, survient alors une belle reprise du Who Will the Next Fool Be de Charlie Rich, où, par miracle, Costello retrouve son style vocal de toujours – un style certes clivant, mais déchirant. La version totalement réinterprétée du sublime Everyday I Write the Book est loin d’être la meilleure qu’on ait entendue, mais fait l’affaire pour panser nos plaies. Je prie à ce moment là pour que Costello nous épargne Shipbuilding, les retours sur la chanson ayant été terrifiants dans les concerts précédents : heureusement, ce sera le cas.

Brilliant Mistake nous rappelle pourquoi King of America était (et reste) un chef d’œuvre, Alison résiste au traitement vocal infligé (cette chanson est capable de résister à n’importe quoi), Clubland est une horreur qu’on essaie d’oublier très vite, avant que A Good Year for The Roses vienne nous toucher, en nous remémorant notre première rencontre, via Costello, avec la country music. Il faut souligner que pendant tout ce second set, la complicité entre le brillant Charlie Sexton à la guitare et le non moins excellent bassiste / contrebassiste Davey Faragher permet de sauver musicalement les passages les plus périlleux.

Reste à passer sous le « rouleau compresseur » que, finalement, nous attendons tous. Les six chansons qui suivent, enchaînées sans une respiration (Chelsea, Pump It Up, No Action, Radio Radio, I Can't Stand Up for Falling Down et High Fidelity) sont logiquement une tuerie : Elvis chante toujours aussi mal, le groupe est toujours aussi approximatif, le son toujours aussi brouillon, mais le public est enfin debout, et je crois que tout le monde vit cet enchaînement de merveilles absolues dans sa tête. On n’entend pas ce qui est joué sur scène, on entend les morceaux idéaux tels qu’ils existent dans notre mémoire, tels qu’ils ont constitué notre ADN musical.

La soirée se conclut au bout de deux heures par le classique de Brinsley Schwarz, Peace, Love and Understanding, qui, dans le monde de 2026, prend les allures d’une véritable profession de foi, voire d’une déclaration politique : « As I walk through this wicked world / Searching for light in the darkness of insanity / I ask myself, "Is all hope lost? / Is there only pain and hatred and misery?" » (Alors que je traverse ce monde mauvais / En quête de lumière dans les ténèbres de la folie / Je me demande : « Tout espoir est-il perdu ? / N'y a-t-il que douleur, haine et misère ? »).

Pas si mal de sortir de l’Olympia, même si on a été terriblement déçu, même si on a parfois souffert le martyre devant le massacre de chansons autant aimées, avec ce titre en tête. Pas sûr qu’on retourne un jour voir Costello jouer sur scène, mais en tous cas, alors que l’âge et la maladie le privent aujourd’hui de la capacité de rendre à son propre songbook l’hommage qu’il médite, ces chansons tiennent toujours bon, un demi-siècle plus tard. Il nous incombe donc à nous tous de les relayer, de faire en sorte qu’elles ne soient pas oubliées.

Les musiciens d’Elvis Costello sur scène :

Elvis Costello — chant, guitares, piano

Steve Nieve — claviers / piano / melodica

Pete Thomas — batterie

Davey Faragher — basse, contrebasse

Charlie Sexton — guitare

La setlist du concert d’Elvis Costello :

Radio Sweetheart (Taking Liberties - 1980)

Sneaky Feelings (My Aim Is True - 1977)

Living in Paradise (This Year’s Model - 1988) (With snippets of Domino by Van Morrison)

Mystery Dance (My Aim Is True - 1977)

Watching the Detectives (Single – 1977) / Help Me

Crimes of Paris (Blood & Chocolate – 1986)

Lovers Walk (Trust - 1981)

Beyond Belief (Imperial Bedroom - 1982)

Almost Blue (Imperial Bedroom - 1982) (With All or Nothing At All and snippet of Adieu Paris)

Who Will the Next Fool Be (Charlie Rich cover)

Everyday I Write the Book (Punch the Clock - 1983)

Don't (Elvis Presley cover) (Played only part of this song)

Lovable (King of America - 1986)

Brilliant Mistake (King of America - 1986)

Alison (My Aim Is True - 1977)

Honey, Are You Straight or Are You Blind? (Blood & Chocolate – 1986)

Clubland (Trust - 1981)

A Good Year for the Roses (+ snippets of Suspicious Minds & Always on My Mind) (George Jones cover) (Almost Blue – 1981)

(I Don't Want to Go to) Chelsea (This Year’s Model - 1988)

Pump It Up (This Year’s Model - 1988)

No Action (This Year’s Model - 1988)

Radio Radio (Single – 1978)

I Can't Stand Up for Falling Down (Sam & Dave cover)(Get Happy! - 1980)

High Fidelity (Get Happy! - 1980)

(What's So Funny 'Bout) Peace, Love and Understanding (Brinsley Schwarz cover) (Armed Forces – 1979)

13 juin 2026

Aldous Harding - Vendredi 12 Juin 2026 - Salle Pleyel (Paris) :

Après cinq semaines de confinement à domicile pour cause de fracture de la cheville (même pas dans une salle de concert !), je fais mon retour grâce à l'ami Jérôme, qui a bien voulu me revendre sa place au balcon à Pleyel pour Aldous Harding. Tout le monde connaît mon aversion pour le fait d'assister à un concert assis, mais je n'allais pas faire la fine bouche, d'autant que mon plâtre et la rééducation qui suivra vont m'empêcher d'être debout dans la fosse pendant encore plus d'un mois.

La salle Pleyel n’est évidemment pas sold out ce soir pour une artiste aussi clivante que la Néo-Zélandaise, et ce d’autant que son dernier album, qui charge la barque au niveau des « bizarreries », et abandonne largement les dernières sonorités « folk », a recueilli autant de critiques mitigées que de louanges. Mais heureusement, le remplissage de la salle sera suffisant pour ne pas créer un sentiment désagréable de « vide », même si, quand la première partie monte sur scène à 20h, les rangées de sièges et la fosse sont encore bien dégarnies.

Cette première partie, Vera Ellen, une artiste indie néo-zélandaise réputée, qui plus est signée chez Flying Nun, soit « la » référence en termes de label, est a priori assez attirante, et ce d’autant qu’elle se présente sur scène en format « groupe ». Malheureusement, les premiers morceaux semblent s’éterniser sans que grand-chose ne s’en dégage, ni du point de vue mélodique, ni – surtout - émotionnel. Ce qui fait que l’intérêt retombe peu à peu, en dépit d’un public « bien élevé » qui applaudit poliment. Il faut attendre Sangria, le quatrième morceau, pour avoir l’impression que quelque chose se passe sur scène. Et puis Broadway Junction, en avant-dernier sur la setlist, dégage enfin une vraie et belle émotion. On sait que Vera Ellen a souffert de graves problèmes de santé et n’a pas toujours été sereine non plus, et on comprend qu’elle se protège (elle se plaindra d’ailleurs d’être trop « exposée » du fait des lumières fortes sur scène, sans que personne de l’équipe Pleyel ne remédie au problème, ce qui n’est pas très bienveillant) : il reste qu’elle ne dévoile pas grand-chose de ses sentiments, à part sur Broadway Junction, justement, et que, hormis de beaux vocaux, parfois en harmonie avec ses musiciens, on a le sentiment d’assister à un set tout en retenue, voire en sécheresse. Elle nous demande de passer à son stand de merchandising à la fin, pour acheter son dernier album, HEAVEN KNOWS WHAT TIME, ce qui pourrait « changer sa vie » ! Pas sûr malheureusement qu’elle ait convaincu suffisamment de spectateurs…

21h00 : Aldous Harding est là, accompagnée par un quatuor qui comprend d’ailleurs deux claviers : nous savons, grâce aux retours de son concert de la veille à Rouen, que son set sera en majeure partie consacrée à son nouvel album, Train on the Island, et donc que les claviers seront prépondérants. Nous avions déjà vu des photos du nouveau look d’Aldous – cheveux très courts et blouson -, donc pas de surprise à ce niveau-là. Après une intro extrêmement « suspendue » avec l’enchaînement de Train on the Island et I Ate The Most, deux titres hantés du nouveau disque, elle n’empoignera sa guitare acoustique qu’au troisième (One Stop), et ne reviendra – un peu - à ses « origines folk » qu’au quatrième, le beau Treasure, extrait de Designer… qui semblera d’ailleurs littéralement libérer un public extrêmement silencieux et recueilli, peut-être décontenancé par l’atmosphère presque glaciale du set. Venus in the Zinnia reçoit de belles acclamations, mais c’est probablement le curieux If Lady Does qui représente le plus clairement la singularité musicale actuelle de Harding.

Les tentatives de spectateurs de s’adresser à elle (« We Love You », « How Are You ? ») sont accueillies par une fin de non-recevoir : « I’m on stage, so I’m alright, but I’m not gonna talk too much you know… ! ». Entre ses perpétuelles mimiques – presque des grimaces -, ses mouvements désordonnés, ses poses clairement embarrassées, et peut-être surtout les blancs qui semblent parfois interminables qu’elle laisse entre deux chansons, il est clair qu’Aldous Harding n’apprécie pas l’exercice de la scène, et n’a nullement envie de prendre en compte l’existence d’un public devant elle.

Elle tente quand même de « mettre de l’ambiance » en se levant de sa chaise, en quittant son blouson et en essayant de danser sur Passion Babe, mais ça sent trop l’effort artificiel pour fonctionner. Heureusement, le joliment velvetien Leather Whip rattrape l’affaire, et la dernière ligne droite du concert sera plus emballante, moins glacée, jusqu’à une belle conclusion avec l’excellent Coats (comme sur l’album). On ne commentera pas, néanmoins, « son jeu de scène » sur le morceau plus rock qu’est Fever, pendant lequel elle s'allonge comme si elle était à la plage pour laisser ses musiciens jouer !

Nous aurons droit ensuite à un rappel réussi de trois titres. L’interprétation solo de l’intimiste Riding That Symbol n’est pas transcendante, il y aura même un « pain » (qu’elle relèvera elle-même en plaisantant : « Not bad! ». Mais les deux derniers morceaux, annoncés par un déconcertant « If you have any drugs, take them now! », le touchant Imagining My Man et surtout le baroque et « amusant » Designer, nous permettront de quitter Pleyel avec un doux sentiment de quasi-euphorie.

Il reste après cette soirée en demi-teinte qu’Aldous Harding n’est clairement pas une « artiste de scène », en dépit de sa voix régulièrement stupéfiante, surtout quand elle en joue avec des accents enfantins assez déstabilisants. Elle semble trop déchirée entre la volonté d’offrir un spectacle « professionnel », plutôt sage, et ses tendances naturelles à l’excès, pour que la scène puisse être un véritable plaisir pour elle. Et ça se ressent dans la salle.

La setlist du concert de Vera Ellen :

A Grip (Ideal Home Noise – 2023)

hunger is just a memory (HEAVEN KNOWS WHAT TIME – 2026)

When It's Over (HEAVEN KNOWS WHAT TIME – 2026)

Sangria (EP – 2025)

Stick Around 2 See (Ideal Home Noise – 2023)

Broadway Junction (Ideal Home Noise – 2023)

Then There Was You

La setlist du concert d’Aldous Harding :

Train on the Island (Train on the Island – 2026)

I Ate the Most (Train on the Island – 2026)

One Stop (Train on the Island – 2026)

Treasure (Designer – 2019)

Venus In The Zinnia (Train on the Island – 2026)

If Lady Does It (Train on the Island – 2026)

Worms (Train on the Island – 2026)

Passion Babe (Warm Chris – 2022)

Leathery Whip (Warm Chris – 2022)

San Francisco (Train on the Island – 2026)

What Am I Gonna Do? (Train on the Island – 2026)

Fever (Warm Chris – 2022)

Warm Chris (Warm Chris – 2022)

Coats (Train on the Island – 2026)

Encore:

Riding That Symbol (Solo) (Train on the Island – 2026)

Imagining My Man (Party – 2017)

Designer (Designer – 2019)

5 mars 2026

The Divine Comedy - Mardi 3 Mars 2026 - Salle Pleyel (Paris)

J’aurais dû me méfier. Écouter mon intuition. Le dernier album de The Divine Comedy m’avait inquiété, tant il est empreint d’une mélancolie frisant parfois la dépression. Neil Hannon ne va clairement pas bien. Et les retours du premier concert à la Salle Pleyel, la veille, de la part d’amis aimant Neil autant que moi étaient préoccupants. Mais voilà, cela faisait plus de trois ans que je n’avais pas vu The Divine Comedy sur scène, il était difficile, voire quasiment impossible, de faire l’impasse sur ce passage à Pleyel, qui marquait, avec deux soirées sold out, la consécration méritée d’un artiste talentueux.

J’ai eu tort, grand tort d’y aller, parce que je suis ressorti de la salle moi aussi déprimé, en me disant que j’avais vu non seulement le pire concert de The Divine Comedy depuis sa miraculeuse apparition au Festival des Inrocks en 1993, mais bien plus grave que ça, un Neil Hannon qui n’avait clairement pas envie de chanter, et qui a joué ses chansons – miraculeuses pour la plupart – sans y mettre aucun cœur.

Il faut dire que la soirée n’avait pas très bien commencé avec les Irlandais de A Lazarus Soul, qui nous ont assommés avec un post-punk aussi informe qu’ennuyeux. Une musique presque sans rythme ni mélodie (à l’exception du dernier titre joué, Funeral Seasons, qui tentait quelque chose d’un peu plus entraînant), où chaque morceau est un long flux musical sur lequel le chanteur Brian Brannigan pose un aussi long flux de paroles. C’est un concept, oui, mais ça ne fait pas en l’occurrence vraiment de la bonne musique. Le public de Pleyel reste silencieux, ce qui surprend Brian, habitué à être chahuté par les spectateurs irlandais, qu’on imagine bien aussi peu séduits par ce qu’ils entendent que nous. Ou alors, on a été polis et bien éduqués, ce qui ne veut pas dire qu’on ait aimé. La prochaine fois, promis, on jettera nos gobelets de bière pleins sur la scène.

22 heures : Neil Hannon débarque, barbu, vieilli et circonspect, entouré par sa fine équipe – six musiciens, tous plus décontractés, voire hilares que lui. Neil porte chapeau et lunettes noires, mais il s’en débarrassera vite, même si les lumières resteront réduites pendant les trois premiers titres, histoire bien sûr de contrarier les photographes professionnels. Le set démarre plan-plan avec deux titres du dernier album, logiquement à l’honneur ce soir, sans qu’il y ait de quoi s’enthousiasmer. Neil se console en se servant un verre de Bordeaux manifestement bon marché (il le renversera plus tard et les effluves de vinasse qui se dégageront au premier rang ne laisseront aucun doute sur la qualité du breuvage). Il est vrai qu’il le boit à petites gorgées, et alternera même avec des verres d’eau, mais il ne semble pas très net, et il avoue ne pas être bien (une crève, suggérera-t-il).

Et là, surprise, il nous offre un When the Lights Go Out All Over Europe surprenant et tout à fait séduisant, ce qui me rassure. La suite va malheureusement doucher ces espoirs : le second album à l’honneur aujourd’hui est le respectable Bang Goes the Knighthood, mais aucun des titres extraits du disque ne fonctionnera vraiment, même le pourtant délicieux Assume the Perpendicular, qui n’aura guère de charme…

Plus le set avance, plus le malaise est visible. Pour un ou deux titres qui surnagent (les incontournables Songs of Love et Our Mutual Friend, où un peu de la vieille magie résiste), le concert s’enfonce lentement dans un gloubi-boulga où plus rien ne marche. Musicalement et vocalement à la peine, Neil et son groupe échouent à chaque fois à créer l’émotion qui survient d’habitude si naturellement.

Alors oui, Neil essaie de nous faire rire en servant des boissons (bières, soft drinks, cocktails, vin) à ses musiciens quand il les présente, sur une version quasiment inexistante de son déjà médiocre A Man-A-Lago by the Sea, où il se moque de Trump.

Mais le pire reste à venir : si The Heart Is a Lonely Hunter confirme son excellence, la version offerte ce soir du sublime To the Rescue est absolument insignifiante, un vrai crève-cœur. Tous les tubes (sic) habituels sont joués, sauf Something for the Weekend, mais dans des versions aussi peu séduisantes qu’émotionnellement désincarnées. Et le final systématiquement sublime de Tonight We Fly passera quasiment inaperçu : un comble ! Il semble d’ailleurs que personne ne se soit levé au balcon durant ce final, du jamais vu.

Bon, ce fiasco n’a rien en soi de tragique : tout le monde, même et surtout les meilleurs, peut avoir un passage à vide. Mais dans le cas de Neil, on sent plutôt une sorte de malaise, comme si la dépression perceptible sur le dernier album s’accrochait aux basques de Neil et lui ôtait l’envie et le plaisir de jouer sur scène. Il est vrai que si l’on repense à sa trajectoire, il a toujours été un artiste fragile, manquant d’assurance, jouant avec méfiance – et humour – le rôle de l’idole pop, ayant recours régulièrement à quelques verres (de trop) pour trouver le courage de nous affronter. Il est vrai que sa musique est belle parce qu’elle traduit ce trouble, ces doutes, ces malaises. Mais c’est la première fois que cela l’empêche de nous offrir sur scène l’émotion et la beauté auxquelles nous sommes désormais habitués de sa part…

Même si je me suis rendu compte après coup que pas mal de vieux fans comme moi ont préféré faire comme si tout était normal, je suis sorti de Pleyel aussi déçu qu’inquiet.

Les musiciens de A Lazarus Soul :

Brian Brannigan – vocals, lyrics

Anton Hegarty – bass

Joe Chester – guitar, production

Julie Bienvenu – drums, percussion

La setlist du concert de A Lazarus Soul :

We Start Fires (Through a Window in the Sunshine Room - 2011)

Glass Swans (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)

The Flower I Flung Into Her Grave (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)

Diver Walsh (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)

Mercury Hit a High (Last of the Analogue Age – 2014)

Funeral Sessions (The D They Put Between the R & L – 2019)

 

Les musiciens de The Divine Comedy sur scène :

Neil Hannon (chant, guitare)

Tosh Flood (guitares, banjo, chœurs)

Simon Little (basse, chœurs)

Andrew Skeet (piano, claviers, chœurs)

Ian Watson (accordéon, claviers, chœurs)

Tim Weller (batterie, percussions)

Rosie Thomson (violon)

La setlist du concert de The Divine Comedy :

Achilles (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

The Last Time I Saw the Old Man (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

When the Lights Go Out All Over Europe (Promenade - 1994)

Assume the Perpendicular (Bang Goes the Knighthood – 2010)

Rainy Sunday Afternoon (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

Bang Goes the Knighthood (Bang Goes the Knighthood – 2010)

A Lady of a Certain Age (Victory for the Comic Muse - 2006)

At the Indie Disco (Bang Goes the Knighthood - 2010)

Neapolitan Girl (Bang Goes the Knighthood – 2010)

Songs of Love (Casanova - 1996)

Our Mutual Friend (Absent Friends - 2004)

Bad Ambassador (Regeneration - 2001)

Mar-a-Lago by the Sea (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

To the Rescue (Foreverland - 2016)

The Heart Is a Lonely Hunter (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

Other People (Foreverland - 2016)

Absent Friends (Absent Friends - 2004)

Becoming More Like Alfie (Casanova - 1996)

Generation Sex (Fin de siècle - 1998)

National Express (Fin de siècle - 1998)

Encore:

In Pursuit of Happiness (A Short Album About Love – 1997)

Invisible Thread (Rainy Sunday Afternoon – 2025)

Tonight We Fly (Promenade - 1994)

2 février 2026

The Inspector Cluzo - Dimanche 1er Février 2026 - Maroquinerie (Paris)

Voilà une soirée dont j’attendais beaucoup, n’ayant encore jamais eu l’occasion de voir The Inspector Cluzo, le célèbre duo de fermiers-rockers sur scène. J’ai soigneusement choisi le concert du dimanche soir parmi les cinq organisés à la Maro par le groupe, de retour d’une longue tournée mondiale : le dimanche soir est toujours une bonne soirée pour la musique live, avec une atmosphère différente et un public plus convaincu – les fêtards des vendredi et samedi soir faisant plutôt l’impasse. J’étais loin de soupçonner, en faisant la queue que j’allais vivre l’une de mes pires expériences « musicales » depuis… des mois ? Des années ?

20h00 : Tout commence pourtant magnifiquement avec Grant Haua, le bluesman / ex-rugbyman néo-zélandais dont j’admire les albums depuis plus de cinq ans sans avoir encore jamais réussi à voir un de ses concerts. Avec un look bien différent, plus sage, que celui affiché sur la pochette de son dernier album, Grant nous régale pendant quarante minutes, seul avec ses deux guitares acoustiques, de ses chansons, dans un registre à la fois dépouillé et rapidement très entraînant. Il faut dire qu’au-delà de sa présence charismatique (voici un homme qui respire la… bonté, ce qui n’est pas fréquent), sa voix superbe, on découvre en live sa virtuosité à la six-cordes. La vitesse à laquelle ses doigts bougent sur le manche est stupéfiante, et il est difficile de ne pas être fasciné. Comme en plus les chansons sont belles, balaient plusieurs registres musicaux, du blues bien sûr au folk en passant même par quelques accents pop avec de belles mélodies, le public de la Maro (qui n’est pas sold out ce soir, mais bien remplie) est rapidement sous le charme de ce diable d’homme. Une très belle expérience. 

21h00 : Laurent Lacrouts (chant, guitare, chevelure hirsute) et Mathieu Jourdain (batterie, tiré quant à lui à quatre épingles dans un noir et blanc élégant), c’est-à-dire The Inspector Cluzo, lancent leur set devant un public qui leur est totalement acquis et n’attend visiblement que du plaisir de cette soirée. Ils sont là pour soutenir leur album Less Is More, sur le thème – logique pour ces militants écolos acharnés – de la décroissance, ou plutôt de la croissance locale, sur un modèle différent de celui prôné par le capitalisme emballé qui nous emmène tout droit dans le mur. Ils commencent donc par le titre éponyme, ce qui me permet de réaliser que, en ce qui concerne mon envie d’entendre du « blues-rock rural », comme l’avait qualifié un ami, je vais être déçu. Leur musique ressemble surtout à une sorte de hard rock pataud et brouillon, dont je pressens qu’il ne va tenir la route que grâce à deux éléments : l’énergie déployée, en particulier par Mathieu à la batterie, et la voix, vraiment intéressante, de Laurent, qui va alterner entre chant rauque et falsetto soul du plus bel effet. Pour le reste, je me rends compte que ce que joue le duo n’est pas vraiment ma « tasse de thé » (ou mon verre de tord-boyaux), et je comprends mieux la présence de tee-shirts de metal dans l’assistance.

Mais le problème, ce qui sera pour moi le GROS problème de la soirée, n’est pas dans la musique, mais dans les déclarations – incessantes – de Laurent. Si l’on sourit quand il traite d’emblée Neil Young « d’abruti » (pas une surprise, vu l’imbroglio de l’absence de The Inspector Cluzo en première partie à l’Adidas Arena l’année dernière), il est déjà plus difficile d’avaler l’une de ses premières interactions avec le public, quand il demande qui a lu Guy Debord, et que devant le peu de mains levées dans la fosse, il nous lance un « c’est un peu le pourcentage de gens qui lisent des livres en France, non ? ». Le problème est que ça pourrait être drôle, un peu taquin, mais c’est exactement l’inverse : derrière la bonhommie familière affichée, on reconnaît l’arrogance habituelle de l’intellectuel français, sûr de sa supériorité sur ceux qui ne pensent pas comme lui, sur ceux qui n’ont pas lu les mêmes livres, ceux qui ne connaissent pas les philosophes, etc.

Ce mépris va se traduire tout au long de la soirée par des déclarations de plus en plus désagréables : à propos des Américains ignares, de ces bikers qui ne connaissent pas Thoreau (Quels barbares, ces Américains !) ; à propos de l’accord avec le Mercosur, évidemment inacceptable pour le paysan du Sud-Ouest, sans une pensée pour le paysan sud-américain (le « local » a bon dos, qui fleure bon le nationalisme borné) ; à propos de ces fans qui commettent l’outrage ultime d’aller écouter de la musique à Rock en Seine au lieu de rester dans les petits clubs ; à propos des autres groupes qui ne savent pas jouer et utilisent TOUS des backing tracks ; à propos de ces « communistes millionnaires » (comme Neil Young) ou « milliardaires » (comme Springsteen) qui n’ont pas la légitimité de défendre le peuple ; à propos d’Iggy Pop qui montre sa bite mais ne les autorise pas à reprendre une de ses chansons (ou quelque chose comme ça…) etc. Seuls parangons de vertu dans ce monde pourri, The Inspector Clouzot et leurs potes, qui sont des gens intègres, respectueux, courageux, droits dans leurs bottes. Bon, Laurent, dans un moment d’intense magnanimité, nous rassure : « Des gens bien, il y en a partout ! », soit le genre d’affirmation du même tonneau que le fameux : « Je ne suis pas raciste, j’ai un ami qui est noir ! ». Tout va bien, on respire !

 

Bref entre l’étalage d’une telle autosatisfaction (« Nous, on a des couilles, on joue dans l’Amérique profonde face à des bikers déchaînés ») qui serait ridicule si elle n’était pas aussi puérile, le refus radical d’accepter que d’autres opinions que les siennes peuvent exister, et une posture exsudant ce mépris caractéristique des extrémistes (de droite comme de gauche), il m’est devenu peu à peu insupportable d’assister à un tel déballage. Quant au public, persuadé d'être du "bon côté de l’histoire", il était ravi. Comme sont ravis les fans de MAGA devant un discours de Trump aux USA, ou les LFIstes devant les éructations de Mélenchon et sa clique.

Difficile d’écouter la musique – assez quelconque, à mon goût – jouée ce soir, quand on a un goût aussi désagréable dans la bouche. Juste l’envie de s’enfuir le plus rapidement possible loin de cette exhibition de certitudes inébranlables et de suffisance.

Bon, je suis resté jusqu’au bout. Comme on resterait à un meeting du RN ou de LFI, pour se souvenir du niveau de bêtise qu’on peut atteindre, surtout quand on se prétend « éclairé ».

 

La setlist du concert de The Inspector Cluzo :

Less Is More (Less Is More – 2025)

Catfarm (Less Is More – 2025)

As Stupid As You Can (Less Is More – 2025)

The Outsider (Horizon – 2023)

A Man Outstanding in His Field (We the People of the Soil – 2018)

We Win Together, I'm Losing Alone (Less Is More – 2025)

Fishermen (Rockfarmers – 2016)

Thoreau (Less Is More – 2025)

The Greenwashers (Less Is More – 2025)

Rockophobia (Horizon – 2023)

Almost Cut My Hair (David Crosby cover)

Put Your Hands Up (The 2 Mousquetaires – 2012)

Encore:

Journey Men (Less Is More – 2025)

11 novembre 2025

Alela Diane - Lundi 10 Novembre 2025 - Théâtre l'Athénée

Coucou ! En ce mois de novembre déjà bien rempli, c’est la divine Alela Diane qui revient faire un tour en France. Nul ne saurait évidemment s’en plaindre, même si notre grande muse du folk contemporain n’a pas sorti de nouvel album depuis sa dernière tournée et son passage inoubliable au Trianon, en février 2023. Enfin, pas de nouvel album paru, mais a priori un nouvel album quasi terminé, dont elle nous dévoilera quatre titres, et qui devrait sortir mi‑2026. Mais n’allons pas trop vite et parlons un peu de cette soirée différente, car organisée dans le cadre des soirées jazz (hein ?) au Théâtre Louis‑Jouvet, ou Théâtre de l’Athénée comme on l’appelle encore. Pas un décor très rock’n’roll que ce petit bijou de théâtre baroque, où le public est réparti sur de multiples niveaux verticaux… mais un cadre qui ravira nos visiteuses américaines, fortement dépaysées par un tel amoncellement de dorures vieilles de plusieurs siècles (on n’est pas à Mar‑a‑Lago !).

Quant à moi, ayant eu l’opportunité d’assister à ce concert tardivement, me voici privé du premier rang, réfugié au « balcon » — un troisième niveau surplombant la scène — à côté d’un ami rédacteur à Benzine, qui se chargera du live report de la soirée. Comme l’ami Gilles — qui en est à son quarante-neuvième concert d’Alela Diane —, et Laurence à ses côtés, se chargent des photos, me voilà délivré ce soir de toute responsabilité, et bien décidé à simplement profiter de ce beau moment musical.

20h10 : la soirée démarre, avec un peu de retard, par le duo Two Runner (il faudra que j’essaie de comprendre pourquoi Runner au singulier), deux jeunes femmes sorties des tréfonds de l’Amérique qui jouent un folk assez traditionnel, avec une simplicité et une bonne humeur auxquelles on ne saurait résister. Pour leur premier voyage en France (Paige, la chanteuse, avoue être déjà venue en Allemagne, qu’elle ne considère pas — mais pourquoi — comme faisant partie de la « Proper Europe », comme la France, l’Espagne ou l’Italie !), nos deux musiciennes sont ravies de jouer dans un cadre « historique » comme ce théâtre. Paige nous explique qu’il n’y a qu’une vieille mine d’or qui soit un tant soit peu « historique », justement, chez elle. Bref, on discute, on discute, alors le temps passe vite, mais on a l’occasion d’admirer son merveilleux vieux banjo, datant de la fin du XIXe siècle, au son étonnant, mais qui se désaccorde vite quand il doit voyager ! Je ne dirais pas que j’ai trouvé cette première partie très convaincante ; à la différence de certains amis, j’ai eu l’impression d’être face à du tout‑venant de la musique folklorique US, bien chanté, bien joué, mais pas renversant…

20h50 : … ce qui est, on le sait, l’exact inverse de ce que fait Alela Diane sur scène, c’est‑à‑dire produire une musique faussement simple et calme, mais pleine en fait d’émotion, voire d’une tempête d’émotions cachée derrière la finesse des chansons, et la pureté de la voix de notre chanteuse (folk) préférée.

Belle setlist ce soir pour ce concert où Alela est accompagnée par Two Runner, ce qui lui permet d’adapter certains de ses titres à cette configuration à deux voix, avec banjo et violon : il y a donc quatre nouvelles chansons — à la première écoute, celle qui m’a le plus plu est Dusty Roses, mais cela ne veut rien dire, on verra quand l’album sortira —, le reste étant une sélection pertinente de titres extraits des quatre meilleurs albums de la désormais longue carrière d’Alela. Pas mal de choses en commun avec la setlist du Trianon, il faut l’avouer, mais une orchestration et une atmosphère différentes, très décontractées et joueuses ce soir, ce qui nous privera peut‑être d’émotion (à moins que ce soit ma position loin de la scène qui ait eu cet effet sur moi, c’est bien possible…). Alela a plutôt tendance à plaisanter à propos de son plaisir de beaucoup manger quand elle est en tournée en France, à se réjouir de ne plus souffrir désormais d’être loin de ses deux enfants quand elle est sur la route, etc.

Elle nous raconte la genèse de la chanson The Pirate’s Gospel quand elle avait 21 ans, il y a 21 ans de cela, ce qui débouche sur un sondage dans la salle pour savoir qui se sent plus « pirate » et qui se sent plus « cowboy ». Je braille, quant à moi, mon allégeance aux pirates, tandis qu’Alela met en doute la sincérité de ceux qui se réclament « cowboys », alors qu’on ne voit pas de Stetson dans la salle ! Bref, tout ça est bien sympathique, ce qui n’empêche pas de se dire, à chaque nouvelle chanson, que la qualité du songwriting d’Alela est exceptionnelle !

Petit passage au piano solo, pour, en particulier, une version « low key » de mon titre préféré de tout son répertoire, Ether & Wood, avant de finir par les classiques du premier album (Tired Feet, réclamé par quelqu’un dans le public, Oh! My Mama et The Rifle…). Et puis, en rappel, une interprétation sans sono d’Of Love, qui impressionne.

Et c’est fini, et espérons que nous n’aurons pas à attendre deux ans pour le prochain concert. C’est d’ailleurs peu probable, puisqu’Alela reviendra certainement jouer très vite son nouvel album, à la mi‑2026, pour Gilles et pour le reste de la France.

 

Les musiciennes de Two Runner sur scène :

Paige Anderson – Guitar, banjo, voice

Emilie Rose – Violin, backing vocals

La setlist du concert d’Alela Diane :

Galloping

Dry Grass & Shadows (To Be Still – 2009)

White as Diamonds (To Be Still – 2009)

Émigré (Cusp – 2018)

Dusty Roses

The Pirate's Gospel (The Pirate’s Gospel – 2006)

Tatted Lace (To Be Still – 2009)

Paloma (Looking Glass – 2022)

California

Wide Open Spaces

Dream a River (Looking Glass – 2022)

Ether & Wood (Solo on piano) (Cusp – 2018)

Howling Wind (Solo on piano) (Looking Glass – 2022)

Tired Feet (On request) (The Pirate’s Gospel – 2006)

Oh! My Mama (The Pirate’s Gospel – 2006)

The Rifle (The Pirate’s Gospel – 2006)

Encore:

Of Love (Unplugged) (Looking Glass – 2022)

 

 

26 septembre 2022

The Dears - Dimanche 25 Septembre 2022 - Boule Noire (Paris)

Dimanche soir montréalais sur le Boulevard de Rochechouart : pendant que les vétérans du post-rock de Godspeed You! Black Emperor font voyager l’Elysée Montmartre dans leur univers mental, dans la plus modeste Boule Noire, les étranges The Dears vont tenter de faire voir à leur public – plus limité mais pas moins enthousiaste – « le visage de Dieu », comme avait écrit à l’époque un journaliste enthousiaste. Entre deux expériences soniques, il n'était pas simple de choisir, et la promesse de la douce intimité de la Boule Noire a certainement influencé notre choix d’aller écouter l’impressionnant chanteur-guitariste Murray Lightburn et sa blonde moitié, Natalia Yanchak, aux claviers et au chant…

 

 

 

 

 

20h20 : Julien Gasc, pas prévu initialement au programme, nous annonce débarquer impromptu de Lille, et avoir trouvé in extremis un pianiste pour l'accompagner, pianiste qui a appris les morceaux pas plus tard qu’au sound check l’après-midi. Julien chante correctement, dans un registre bien français (quoi que ce soit que ça veuille dire…), et arrivera à nous faire sourire avec quelques pas de danse maladroits, en dépit de ses chansons mélancoliques et délicates. On a quand même du mal à se passionner pour cette chanson française – jazzy et douce-amère - "à texte" (sans rien d'extraordinaire non plus dans les textes...) : Julien ne propose guère de mélodies ni de changements d'ambiance susceptibles de nous intéresser. On s'ennuie ferme au bout d'une quinzaine de minutes, et cette histoire va en durer quarante...

 

 

 

 

21h15 : Il est difficile de décrire la musique de The Dears à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas, et l’une des grandes qualités du groupe, c’est bien que les étiquettes n’y adhèrent pas. Il suffit de lire les références qui fleurissent dans les articles : on y cite aussi bien Blur que Morrissey, Radiohead que Jethro Tull ou Genesis ! Nous, on aime surtout quand les guitares font beaucoup de bruit, et ce sera le cas ce soir, heureusement !

« We're from another world / A world that's getting so cold and s'real / It's where we've been hiding » : ça commence très fort émotionnellement avec We’ll Go Into Hiding, le titre qui clôt Lovers Rock, le dernier album de The Dears avec un lyrisme dévastateur. Ce qui saute aux yeux, c’est que Murray Lightburn a une classe folle, on l’imagine très bien en chanteur soul intemporel. Mais non ! Il joue et chante du Rock : il tient une guitare acoustique, et il chante aussi magnifiquement qu’on l’espérait – même si, parfois, du premier rang, sa voix sera un peu trop en retrait. Au milieu de la chanson, la guitare de Steve Raegele explose littéralement… Bon, on n’a pas les violons, mais on les imagine en fermant les yeux : « I don't want to hear excuses / We're leaving this place tonight / Building a better future / It' s gonna be alright »… Acceptons-en l’augure, mais en tout cas, oui, ce concert va bien se passer…

… Et très vite, The Dears vont faire parler la poudre… Très vite, Murray troque sa guitare acoustique pour une électrique, et à deux avec Steve, ils font beaucoup de bruit, c’est certain : acouphènes garantis cette nuit. Derrière nous, certains se boucheront les oreilles, ce qui est toujours un excellent signe. En plus, le batteur tape comme un vrai sauvage !

Après le déluge power pop de Hate Then Love et ses « woo woo » qu’on reprend en chœur, le swing réjouissant de Whites Only Party, accueilli par des cris de joie des fans achève de conquérir les derniers récalcitrants (c’est une façon de parler, nous n’en avons pas vus autour de nous, en fait).

On pourrait citer chacun des 16 titres que The Dears nous joueront, car chacun est différent, original, ajoutant une nouvelle tonalité à notre plaisir. On pourrait dire que le chant de Natalia n’est pas qualitativement au niveau du reste – comme sur les albums d’ailleurs -, mais ce serait chipoter tant, au milieu de tant d’excellence, et dans l’enthousiasme général, ça passe comme une lettre à la poste.

Après un dernier moment de lyrisme (22 : The Death of All the Romance), The Dears quittent la scène après un peu moins d’une heure vingt. Comme nous en réclamons encore, Murray revient nous dire que, malheureusement, vu l’horaire, ils ne pourront pas jouer plus longtemps…

Comme on est sûrs et certains que Godspeed You! Black Emperor auront eux aussi fait le show ce soir, on ne peut pas s’empêcher de trouver en ressortant dans Paris que cette nuit, déjà froide pour la saison, baigne dans une petite atmosphère québécoise…

Les musiciens de The Dears sur scène :

Murray Lightburn - vocals, guitar, keyboards

Natalia Yanchak - keyboards, vocals

Jeff Luciani - drums

Steve Raegele - guitar

Rémi-Jean LeBlanc - bass

La setlist du concert de The Dears :

We'll Go Into Hiding (Lovers Rock – 2020)

The Worst in Us (Lovers Rock – 2020)

Who Are You, Defenders of the Universe? (No Cities Left – 2003)

Hate Then Love (Gang of Losers – 2006)

Whites Only Party (Gang of Losers – 2006)

5 Chords (Degeneration Street – 2010)

Disclaimer (Missiles – 2008)

Here's to the Death of All the Romance (Times Infinity Volume One – 2015)

Onward and Downward (Times Infinity Volume One – 2015)

Of Fisticuffs (Times Infinity Volume Two – 2017)

Instant Nightmare! (Lovers Rock – 2020)

The Second Part (No Cities Left – 2003)

We Can Have It (No Cities Left – 2003)

Lost in the Plot (No Cities Left – 2003)

You and I Are a Gang of Losers (Gang of Losers – 2006)

22: The Death of All the Romance (No Cities Left – 2003)

23 septembre 2022

The Divine Comedy - Jeudi 22 Septembre 2022 - Cité de la Musique (Paris)

L'événement musical de la semaine (du mois ? de l'automne ? de l'année ?...) à Paris, c'est la « rétrospective The Divine Comedy », cinq soirées à la Cité de la Musique pour interpréter dix albums dans leur intégralité. Près de 120 chansons à (re)apprendre et à jouer avec un groupe de onze musiciens, y compris un quintette à cordes et cuivres. Les places sont assises et numérotées, le défi ayant été, à l’époque, d’essayer d’avoir accès aux meilleures : une partie importante du public de cette rétrospective est composée des fidèles de Neil Hannon, qui ne manqueraient pour rien au monde un passage à Paris de l’ex-Petit Prince de la grande Pop Music baroque et orchestrale, et ces fidèles sont là chaque soir ou presque. D’où une atmosphère recueillie – pas question de louper un soupir (ou une plaisanterie) de notre héros, une nuance de sa musique ! - mais également joyeuse :  il y a dans cette belle affaire quelque chose d'un couronnement pour Neil Hannon.

Cette quatrième soirée de la rétrospective est différente des trois qui ont précédé : pas d’album considéré généralement comme essentiel cette fois ! Liberation, Promenade, Casanova, A Short Album About Love ont été couverts au cours des trois premiers concerts, et on a droit ce soir à Absent Friends, une réussite « classique » de l’avis des fans du groupe, mais un disque sans grand tube accrocheur, et à Victory for the Comic Muse, l’un des albums les plus bizarres, déséquilibrés et frustrants de Neil Hannon. C’est donc l’occasion pour « Neil et son orchestre » d’arrêter de surfer sur de grandes chansons consensuelles et de nous faire redécouvrir des titres moins évidents. Un défi ?

20h05 : … oui, un défi peut-être, parce que Neil ne paraît pas en très grande forme physique ce soir. Lui-même plaisante sur la fatigue qui le terrasse, sans même parler de la perspective d’avoir encore une cinquantaine de chansons à jouer sur les deux dernières soirées. Nos amis ayant assisté aux soirées précédentes nous jureront qu’il boira également beaucoup moins ce soir : il n’y aura guère qu’un grand toast au vin rouge porté à la mémoire des « amis absents », qui nous fait évidemment penser à l’indispensable Philippe qui n’est plus avec nous, et que Neil aura d’ailleurs honoré la veille…

L’autre petit « problème » du concept de rétrospective, c’est que tous les musiciens jouent sur partition (difficile de mémoriser autant de chansons !), et que Neil lui-même a sa tablette fixée devant lui pour les textes… soit des contraintes inhabituelles qui, ajoutées à la nervosité logique de jouer des morceaux qu’on maîtrise mal, font qu’on ne sentira pas autant que d’habitude ce sentiment de plaisir de jouer, mais aussi de se jouer de la musique. Moins de fantaisie, forcément, alors que l’on aime tellement la fantaisie, justement, chez The Divine Comedy.

Et de fait, l’exécution de l’album Absent Friends aura été belle, mais jamais vraiment exceptionnelle : et si nombre d’entre nous auront versé une larme sur le formidable Our Mutual Friend, c’est probablement plus parce qu’il s’agit d’une immense, d’une géniale composition que parce que son interprétation ce soir était extraordinaire… Leaving Today aura été par contre l’occasion de réaliser à nouveau une évidence un peu oubliée, combien – en particulier dans ses morceaux les plus tragiques – Neil Hannon doit à Peter Hammill : on s’est dit d’un coup que Leaving Today pourrait figurer telle quelle sur Over My Shoulder, l’un des meilleurs disques de Hammill, et qu’on n’y verrait que du feu ! Amusant aussi de retrouver le singulier Freedom Road, très inhabituellement « americana », qui prouve que Hannon pourrait aller vadrouiller avec succès sur d’autres territoires que les siens.

21h05 : Vingt minutes d’entracte avant d’attaquer le second disque, un break pour se dire aussi que, pour le moment, on est un peu en deçà de ce qu’on attendait.

21h25 : … un break qui a visiblement fait du bien à Neil, qui a rechargé ses batteries, et attaque Victory for the Comic Muse avec un réjouissant To Die a Virgin, à la fois électrique et gai, qui nous permet de retrouver cette joie un peu absurde que génère The Divine Comedy quand Hannon lâche les rênes. Neil confesse qu’il trouve cet album complètement incohérent, qu’il ne comprend plus ce qu’il voulait faire à l’époque, même s’il se réjouit de dire que c’est le seul de ses albums ayant reçu un prix !

Cinq minutes plus tard, le totalement méconnu Diva Lady sonne impeccablement bien, et sera peut-être même le plus beau titre de la soirée : « J’ai longtemps détesté cette chanson, mais maintenant je me rends compte que ça sonne comme du Steely Dan ! », avoue Neil, visiblement réjoui d’avoir enfin trouvé le sens d’une chanson perdue. A Lady of a Certain Age, en version dénudée et acoustique, est merveilleuse, mais, ça c’est complètement habituel (peut-être le texte le plus touchant écrit par Neil…).

Sur Threesome, les trois pianistes jouant ensemble sur le même clavier nous offrent un spectacle réjouissant, dont on aimerait qu’il dure plus longtemps. Party Fears Two, la seule reprise à figurer sur un album de The Divine Comedy, est beaucoup plus convaincante que sur le disque, et nous rappelle que nous aimions The Associates.

La deuxième face de l’album, très faible, est plus difficile à transcender, mais au milieu de chansons plus médiocres, on adorera quand même le très beau The Plough : cette histoire - dont Hannon se moque désormais - d’une quête dickensienne passant par la banque, la religion et… la rébellion armée a une solennité et une théâtralité qui gagnent à être jouée en live. Une vraie (re)découverte.

Neil décide de terminer le set assis sur une chaise, et la conclusion assez morne de Snowball in Negative semble le laisser lui-même aussi indifférent que nous. Dommage que le respect de l’ordre des titres de l’album l’oblige à terminer ainsi ce second set qui s’est avéré finalement très réussi.

Tout le monde quitte son siège et court vers la scène pour les deux chansons rituelles du rappel : deux bombes – dont on ne pourra déplorer que l’évidence – Generation Sex et, évidemment Tonight We Fly.

Une courte dizaine de minutes à chanter tous ensemble en agitant les bras et en les tendant vers Neil, pour le remercier de toute cette beauté qu’il nous offre, de tous les risques qu’il prend pour nous, de toute cette générosité qu’il dissimule derrière la politesse de l’humour britannique.

La setlist du concert de The Divine Comedy :

Absent Friends

Absent Friends (Absent Friends – 2004)

Sticks & Stones (Absent Friends – 2004)

Leaving Today (Absent Friends – 2004)

Come Home Billy Bird (Absent Friends – 2004)

My Imaginary Friend (Absent Friends – 2004)

The Wreck of the Beautiful (Absent Friends – 2004)

Our Mutual Friend (Absent Friends – 2004)

The Happy Goth (Absent Friends – 2004)

Freedom Road (Absent Friends – 2004)

Laika’s Theme (Absent Friends – 2004)

Charmed Life (Absent Friends – 2004)

Victory for the Comic Muse

To Die A Virgin (Victory for the Comic Muse – 2006)

Mother Dear (Victory for the Comic Muse – 2006)

Diva Lady (Victory for the Comic Muse – 2006)

A Lady Of A Certain Age (Victory for the Comic Muse – 2006)

The Light of Day (Victory for the Comic Muse – 2006)

Threesome (Victory for the Comic Muse – 2006)

Party Fears Two (The Associates cover) (Victory for the Comic Muse – 2006)

Arthur C. Clarke's Mysterious World (Victory for the Comic Muse – 2006)

The Plough (Victory for the Comic Muse – 2006)

Count Grassi's Passage Over Piedmont (Victory for the Comic Muse – 2006)

Snowball in Negative (Victory for the Comic Muse – 2006)

Encore :

Generation Sex (Fin de siècle - 1998)

Tonight We Fly (Promenade – 1994)

15 septembre 2022

The Wedding Present - Mercredi 14 Septembre 2022 - Petit Bain (Paris)

Le principe de la célébration par leurs auteurs, sur scène, d’albums « historiques », nous a toujours laissés dubitatifs. D’abord parce qu’il traduit une prépondérance du passé, qu’il conviendrait de muséifier et de faire visiter régulièrement à des « fans », les musiciens créatifs d’antan se muant au mieux en gardiens du temple, et au pire, en rentiers pépères d’une histoire glorieuse. Ensuite, parce que, si nous sommes réalistes, très peu d’albums, même parmi les meilleurs, méritent d’être interprétés dans leur intégralité, et dans l’ordre, s’il vous plaît ! Et ce n’est certainement pas le morne Seamonsters, le moins bon album de la première période des formidables The Wedding Present, disque sans inspiration artificiellement boosté par la production de Steve Albini, qui va nous faire changer d’avis. Renouer avec David Gedge et son équipe (totalement renouvelée récemment, d’ailleurs, le nom du groupe n’étant plus qu’une étiquette collée sur les musiciens de Gedge) en fêtant cet album était donc loin d’être une bonne idée, même si le cadre formidable de Petit Bain nous garantissait au moins une belle ambiance à la fois rock’n’roll et amicale.

Bon, nous ne parlerons pas ici des quarante minutes de souffrance infligées en ouverture de la soirée par Nicolas, jouant en solo – et à domicile, puisqu’il est responsable de la programmation de la salle - sous le nom de son groupe, In My Head. Son indie pop millésimée années 80-90 est affreusement respectueuse des codes de l’époque, et sonne totalement dépassée, le pire étant le chant désastreux de Nicolas. Une véritable horreur, et déprimante en plus.

Il n’est pas encore 21h30 que The Wedding Present entrent en scène, pressés d’en découdre. Gedge a renoncé depuis quelque temps à se teindre les cheveux, et sa belle crinière ébouriffée et blanche lui va parfaitement : c’est toujours une bonne décision d’assumer son âge, surtout quand on a conservé par ailleurs une silhouette jeune et une énergie rageuse qui semble inépuisable. On remarque particulièrement, à son côté, la présence à la guitare de Jon Stewart, ex-guitariste des confidentiels et mythiques Sleeper, tandis que la nouvelle section rythmique se révèlera parfaite tout au long des 1h35 de set.

On attaque donc les quarante et quelques minutes de Seamonsters, et comme nous le craignions, nous avons peu de raisons de nous réjouir : même si Gedge chante avec une intensité remarquable, et met beaucoup d’émotion dans sa voix, même s’il essaie de temps à autre de prendre des poses de guitar hero pour montrer qu’il y a de l’énergie dans ces chansons, on frôle, sinon l’ennui – ce serait exagéré de dire ça – mais on se sent assignés à une position de spectateurs peu impliqués… Et on commence à se dire que, décidément, le passé n’est plus ce qu’il était.

Quand Gedge annonce – il nous a l’air soulagé lui aussi, en fait – que Seamonsters, c’est fini, quelque chose bascule : d’ailleurs, symboliquement sans doute, les lumières colorées remplacent l’éclairage uniformément blanc qui a prévalu jusque-là. Retour à la vie, la vraie, retour aux meilleures chansons du groupe, les vieilles comme les récentes, qui vont faire très rapidement monter la pression, la tension et tout ce que vous voulez dans la salle…

On avait remarqué que Gedge avait une tablette accrochée à son pied de micro, et on avait pensé, un peu méchamment, que cela lui permettait de se souvenir des paroles de certaines chansons, mais il va en fait l’employer pour faire régulièrement des déclarations en français entre les chansons. Il s’agit clairement d’un substitut au fait qu’il ne parle pas couramment français, mais on se demande pourquoi d’autres artistes ne font pas ce même effort de communication avec le public – si simple à mettre en œuvre de nos jours. Il y a de la part de Gedge un véritable respect, une belle complicité avec son public, qui est totalement en phase avec les émotions fortes que les textes des chansons transmettent : on se souvient sans doute que John Peel, grand fan du groupe, soulignait toujours que, derrière l’agression sonique et rythmique du groupe, il y avait un gros cœur qui battait…

En reprenant de jolie manière un titre de Low, Canada, Gedge prouve que son Wedding Present a plus de versatilité qu’on pense a priori, mais c’est quand même quand le groupe se lance dans Brassneck, magnifique tuerie – et paf, Gedge pète une corde de sa guitare malmenée ! – que la soirée bascule : malgré l’âge moyen du public, ça saute dans tous les sens, ça agite les bras comme dans les eighties, ça réinvente des danses primitives dont on avait oublié l’existence. Et c’est bon.

Gedge annonce un nouveau morceau, I Am Not Going to Fall in Love With You, mais nous promet que nous ne serons pas déçus (« … parce que c’est du Wedding Present ! »), et de fait, la musique s’accélère, s’emballe, et c’est l’hystérie générale. Magnifique ! Extraordinaire. Et quel plaisir de penser que le meilleur moment du concert sera une nouvelle chanson : voilà qui montre bien que ces commémorations d’un passé disparu ne font aucun sens !

Pour nous faire plaisir, Gedge ajoute à sa setlist le tonitruant Kennedy (et ses paroles formidables, à la fois hilarantes et tragiques) : « Oh have you lost your love of life? / Too much apple pie / And now Harry's walked away with Johnny's wife… »). On en pleure de joie !

Il n’y aura pas de rappel, car il n’y a JAMAIS de rappel avec The Wedding Present, mais on se quitte dans l’émotion avec le très beau My Favourite Dress, l’une des premières chansons que l’on ait entendues du groupe, en 1987.

En entrant dans la salle, on se disait que ce concert serait probablement le dernier que l’on verrait d’un groupe dont l’heure de gloire date de près de 30 ans. Maintenant, on n’en est plus si sûr !

Les musiciens de The Wedding Present :

David Gedge : vocals, guitar

Nicholas Wellauer : drums

Jon Stewart : guitar

Melanie Howard : bass

La setlist du concert de The Wedding Present :

Dalliance (Seamonsters – 1991)

Dare (Seamonsters – 1991)

Suck (Seamonsters – 1991)

Blonde (Seamonsters – 1991)

Rotterdam (Seamonsters – 1991)

Lovenest (Seamonsters – 1991)

Corduroy (Seamonsters – 1991)

Carolyn (Seamonsters – 1991)

Heather (Seamonsters – 1991)

Octopussy (Seamonsters – 1991)

You Should Always Keep in Touch With Your Friends (Tommy – 1988)

Nobody's Twisting Your Arm (George Best – 1987)

Canada (Low cover)

Mars Sparkles Down on Me (Take Fountain – 2005)

The Queen of Outer Space (Hit Parade 2 – 1993)

Click Click (Watusi – 1994)

Brassneck (Bizarro – 1989)

I Am Not Going to Fall in Love With You (new song)

Crawl (3 Songs EP – 1990)

Granadaland (Bizarro – 1989)

Kennedy (Bizarro – 1989)

Come Play With Me (The Hit Parade – 1992)

My Favourite Dress (George Best – 1987)

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  • Depuis que j'ai 15 ans, ce qui nous fait un bail, je fréquente les salles de concert de par le monde, au gré de mon lieu de résidence. Il était temps de capturer quelque part tous ces grands et petits moments d'émotion, de rage, de déception, de plaisir...
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