The Divine Comedy à la Salle Pleyel (Paris) le mardi 3 mars 2026
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J’aurais dû me méfier. Écouter mon intuition. Le dernier album de The Divine Comedy m’avait inquiété, tant il est empreint d’une mélancolie frisant parfois la dépression. Neil Hannon ne va clairement pas bien. Et les retours du premier concert à la Salle Pleyel, la veille, de la part d’amis aimant Neil autant que moi étaient préoccupants. Mais voilà, cela faisait plus de trois ans que je n’avais pas vu The Divine Comedy sur scène, il était difficile, voire quasiment impossible, de faire l’impasse sur ce passage à Pleyel, qui marquait, avec deux soirées sold out, la consécration méritée d’un artiste talentueux.
J’ai eu tort, grand tort d’y aller, parce que je suis ressorti de la salle moi aussi déprimé, en me disant que j’avais vu non seulement le pire concert de The Divine Comedy depuis sa miraculeuse apparition au Festival des Inrocks en 1993, mais bien plus grave que ça, un Neil Hannon qui n’avait clairement pas envie de chanter, et qui a joué ses chansons – miraculeuses pour la plupart – sans y mettre aucun cœur.
Il faut dire que la soirée n’avait pas très bien commencé avec les Irlandais de A Lazarus Soul, qui nous ont assommés avec un post-punk aussi informe qu’ennuyeux. Une musique presque sans rythme ni mélodie (à l’exception du dernier titre joué, Funeral Seasons, qui tentait quelque chose d’un peu plus entraînant), où chaque morceau est un long flux musical sur lequel le chanteur Brian Brannigan pose un aussi long flux de paroles. C’est un concept, oui, mais ça ne fait pas en l’occurrence vraiment de la bonne musique. Le public de Pleyel reste silencieux, ce qui surprend Brian, habitué à être chahuté par les spectateurs irlandais, qu’on imagine bien aussi peu séduits par ce qu’ils entendent que nous. Ou alors, on a été polis et bien éduqués, ce qui ne veut pas dire qu’on ait aimé. La prochaine fois, promis, on jettera nos gobelets de bière pleins sur la scène.
22 heures : Neil Hannon débarque, barbu, vieilli et circonspect, entouré par sa fine équipe – six musiciens, tous plus décontractés, voire hilares que lui. Neil porte chapeau et lunettes noires, mais il s’en débarrassera vite, même si les lumières resteront réduites pendant les trois premiers titres, histoire bien sûr de contrarier les photographes professionnels. Le set démarre plan-plan avec deux titres du dernier album, logiquement à l’honneur ce soir, sans qu’il y ait de quoi s’enthousiasmer. Neil se console en se servant un verre de Bordeaux manifestement bon marché (il le renversera plus tard et les effluves de vinasse qui se dégageront au premier rang ne laisseront aucun doute sur la qualité du breuvage). Il est vrai qu’il le boit à petites gorgées, et alternera même avec des verres d’eau, mais il ne semble pas très net, et il avoue ne pas être bien (une crève, suggérera-t-il).
Et là, surprise, il nous offre un When the Lights Go Out All Over Europe surprenant et tout à fait séduisant, ce qui me rassure. La suite va malheureusement doucher ces espoirs : le second album à l’honneur aujourd’hui est le respectable Bang Goes the Knighthood, mais aucun des titres extraits du disque ne fonctionnera vraiment, même le pourtant délicieux Assume the Perpendicular, qui n’aura guère de charme…
Plus le set avance, plus le malaise est visible. Pour un ou deux titres qui surnagent (les incontournables Songs of Love et Our Mutual Friend, où un peu de la vieille magie résiste), le concert s’enfonce lentement dans un gloubi-boulga où plus rien ne marche. Musicalement et vocalement à la peine, Neil et son groupe échouent à chaque fois à créer l’émotion qui survient d’habitude si naturellement.
Alors oui, Neil essaie de nous faire rire en servant des boissons (bières, soft drinks, cocktails, vin) à ses musiciens quand il les présente, sur une version quasiment inexistante de son déjà médiocre A Man-A-Lago by the Sea, où il se moque de Trump.
Mais le pire reste à venir : si The Heart Is a Lonely Hunter confirme son excellence, la version offerte ce soir du sublime To the Rescue est absolument insignifiante, un vrai crève-cœur. Tous les tubes (sic) habituels sont joués, sauf Something for the Weekend, mais dans des versions aussi peu séduisantes qu’émotionnellement désincarnées. Et le final systématiquement sublime de Tonight We Fly passera quasiment inaperçu : un comble ! Il semble d’ailleurs que personne ne se soit levé au balcon durant ce final, du jamais vu.
Bon, ce fiasco n’a rien en soi de tragique : tout le monde, même et surtout les meilleurs, peut avoir un passage à vide. Mais dans le cas de Neil, on sent plutôt une sorte de malaise, comme si la dépression perceptible sur le dernier album s’accrochait aux basques de Neil et lui ôtait l’envie et le plaisir de jouer sur scène. Il est vrai que si l’on repense à sa trajectoire, il a toujours été un artiste fragile, manquant d’assurance, jouant avec méfiance – et humour – le rôle de l’idole pop, ayant recours régulièrement à quelques verres (de trop) pour trouver le courage de nous affronter. Il est vrai que sa musique est belle parce qu’elle traduit ce trouble, ces doutes, ces malaises. Mais c’est la première fois que cela l’empêche de nous offrir sur scène l’émotion et la beauté auxquelles nous sommes désormais habitués de sa part…
Même si je me suis rendu compte après coup que pas mal de vieux fans comme moi ont préféré faire comme si tout était normal, je suis sorti de Pleyel aussi déçu qu’inquiet.
Les musiciens de A Lazarus Soul :
Brian Brannigan – vocals, lyrics
Anton Hegarty – bass
Joe Chester – guitar, production
Julie Bienvenu – drums, percussion
La setlist du concert de A Lazarus Soul :
We Start Fires (Through a Window in the Sunshine Room - 2011)
Glass Swans (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)
The Flower I Flung Into Her Grave (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)
Diver Walsh (No Flowers Grow in Cement Gardens - 2024)
Mercury Hit a High (Last of the Analogue Age – 2014)
Funeral Sessions (The D They Put Between the R & L – 2019)
Les musiciens de The Divine Comedy sur scène :
Neil Hannon (chant, guitare)
Tosh Flood (guitares, banjo, chœurs)
Simon Little (basse, chœurs)
Andrew Skeet (piano, claviers, chœurs)
Ian Watson (accordéon, claviers, chœurs)
Tim Weller (batterie, percussions)
Rosie Thomson (violon)
La setlist du concert de The Divine Comedy :
Achilles (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
The Last Time I Saw the Old Man (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
When the Lights Go Out All Over Europe (Promenade - 1994)
Assume the Perpendicular (Bang Goes the Knighthood – 2010)
Rainy Sunday Afternoon (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
Bang Goes the Knighthood (Bang Goes the Knighthood – 2010)
A Lady of a Certain Age (Victory for the Comic Muse - 2006)
At the Indie Disco (Bang Goes the Knighthood - 2010)
Neapolitan Girl (Bang Goes the Knighthood – 2010)
Songs of Love (Casanova - 1996)
Our Mutual Friend (Absent Friends - 2004)
Bad Ambassador (Regeneration - 2001)
Mar-a-Lago by the Sea (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
To the Rescue (Foreverland - 2016)
The Heart Is a Lonely Hunter (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
Other People (Foreverland - 2016)
Absent Friends (Absent Friends - 2004)
Becoming More Like Alfie (Casanova - 1996)
Generation Sex (Fin de siècle - 1998)
National Express (Fin de siècle - 1998)
Encore:
In Pursuit of Happiness (A Short Album About Love – 1997)
Invisible Thread (Rainy Sunday Afternoon – 2025)
Tonight We Fly (Promenade - 1994)
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