New Model Army - Jeudi 10 Novembre 2022 - Trabendo (Paris)
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On fête – à deux ans près, le Covid étant passé par là - les 40 ans de ce groupe atypique, extraordinaire qu'est New Model Army. 40 ans qui sont passés comme un rêve, avec une succession d'albums toujours réussis, qui n'ont jamais trahi les idéaux humanistes / punks de Justin Sullivan. Et une succession de concerts toujours impeccables, portés par la foi du groupe en une sorte de justice rock qui finirait par triompher et justifier les efforts des rebelles les plus persévérants. Avec, pour acheter les disques et pogoter devant la scène, une troupe de fans inconditionnels, qui ont vieilli (un peu) avec le groupe mais gardé une foi intacte. Des gens qu'on retrouve systématiquement à chaque passage de NMA et dont la fidélité porte régulièrement le groupe à l'excellence. Ce soir, début du set annoncé tôt, à 19h30 sans première partie, histoire de laisser aux hommes de Justin la possibilité de jouer tranquillement les 3 heures plus ou moins promises.
Justin démarre le premier set de la soirée en solo acoustique : Family Life met d’emblée les curseurs dans le rouge au niveau émotionnel, et souligne que le formidable album de 1986, Thunder and Consolation, sera particulièrement à l’honneur ce soir, même si la setlist, show d’anniversaire l’exigeant, ira piocher un peu partout parmi les 250 chansons (c’est Justin qui le dira) des 15 albums du groupe. Justin sera progressivement rejoint par les trois autres membres du groupe : New Model Army opère en quatuor sur cette tournée, sans le second guitariste Marshall Gill, ce qui confère à leur son une plus grande légèreté, et également une finesse musicale bienvenue. Sans perdre de la dureté ni de l’intensité, on a l’impression d’une plus grande subtilité, en particulier dans l’impressionnant jeu de batterie de Michael Dean, qui met mieux encore en valeur les chansons, régulièrement réinventées par rapport à leurs versions originales.
Dès le troisième titre, Snelsmore Wood, on a les larmes aux yeux tellement c'est beau, tellement c’est intense. Bad Old World est la première occasion de chanter tous en chœur un refrain allègre et vindicatif - donc typique de NMA - et une ineffable sensation de bonheur nous envahit : « I'm never going back there / I'm never going back to the bad old world » (Je n'y retournerai jamais / Je ne retournerai jamais dans cet ancien monde mauvais), et on se dit que ce titre qui a plus de vingt ans était formidablement en avance, quand on pense à tous les réactionnaires actuels qui nous répètent que, avant #MeToo, avant l’immigration, etc. c’était mieux, le « good old world »… Frightened, extrait du tout premier album, nous est présenté comme un vieux morceau datant d'une époque où nous étions encore innocents, et accélère le rythme, débouchant sur un Red Earth inspiré d'un voyage en Afrique du Sud et d'un marimba acheté là-bas pour un dollar : percussions tribales (Ceri Monger passe derrière des fûts installés à droite), chant à la fois mystique et menaçant, et final frénétique… un très beau morceau pour clôturer le premier set, "petit plat en attendant le repas, comme en France" nous avait annoncé Justin dans un très bon français (plus tard il s'excusera pour, dit-il, faire comme tous les Anglais, retourner à sa langue maternelle au bout de 10 minutes) : 50 minutes quand même, pas loin de la perfection, 50 minutes qui feraient rêver par leur force et leur beauté bien des groupes.
15 minutes de pause… Et le second set va être différent, plus électrique, plus violent, mais peut-être moins émotionnel, moins bouleversant aussi. Mais bon, on va avoir droit à la plupart des brûlots ultra-populaires auprès de la (New Model) armée de fans : des tueries comme Vagabonds, dans une version bien loin de ses racines folk celtes, ou The Charge et encore The Hunt, qui sont attendues de pied ferme pour entamer des danses frénétiques dans la fosse… et personne ne sera déçu ! Pour nous, ce sera la très inspirée, très intense version de Here Comes the War, avec sa référence évidente à l’Ukraine, qui nous fera frissonner le plus : « Here comes the war / Put out the lights on the Age of Reason » (Voici la guerre / Éteignez les lumières de l'âge de raison !), que dire de plus ?
Le public, d’âge moyen et largement féminin, est comme prévu, très turbulent, et le groupe doit se battre contre l’envahissement de la scène par des verres de bière qui menacent de se renverser sur les pédaliers et les câbles. Mais tout cela restera toujours bon enfant – New Model Army joue une musique d’amour, non ? – et on regrettera même l’absence des traditionnels fans anglais (la faute au Brexit, que Sullivan exècre et vomit ?) et leurs habituelles pyramides humaines, fort réjouissantes.
Les textes de Sullivan que le public connaît quasiment tous par cœur, sont clairement l’un des points forts du groupe, mais il ne faut pas oublier que, au-delà de ce mélange improbable de punk rock, de folk, de metal, le groupe est responsable d’une bonne dizaine de très grandes chansons, qui sont à la fois des « hymnes » que l’on reprendra en chœur, le poing ou les bras dressé(s) suivant ses convictions, et de superbes mélodies qui mettent clairement les larmes aux yeux.
Et le rappel, alors que Justin, en plaisantant (oui, mais… ?) a dit regretter d’avoir promis qu’ils joueraient trois heures, enchaînant 51st State et I Love the World confirme que New Model Army avait indiscutablement les munitions nécessaires pour rencontrer un large succès. Et des phrases comme « And as the waters rise, it seems we cling to all the rootless things / The Christian lies, technology, while spirits scream and sing / Oh God I love the world » (Et à mesure que les eaux montent, il semble que nous nous accrochions à toutes ces choses qui n’ont pas de racines / Le chrétien ment, la technologie, tandis que les esprits crient et chantent / Oh Dieu j'aime le monde ! » sont sans doute le meilleur épilogue possible à ce voyage épique à travers les horreurs et les beautés de l’humanité.
En sortant de ces presque trois heures de ce qui est finalement devenu du « rock classique », on ne peut que se demander pourquoi New Model Army ne remplit pas un Zénith voire un Bercy, tant leur musique est accrocheuse, profondément populaire, conjuguant de manière rare l’universel – cette forte vision politique et morale du monde – et l’intime – les doutes et les tourments de Justin Sullivan. Un ami nous donnera la meilleure réponse qui soit : « Réjouissons-nous plutôt de ne les avoir que pour nous ! ». Oui, mais quand même…
Les musiciens de New Model Army sur scène :
Justin Sullivan – Chant, guitare
Dean White – guitare, chant
Michael Dean – Batterie
Ceri Monger – basse, percussions
La setlist du concert de New Model Army :
Set 1 :
Family Life (Thunder and Consolation – 1989)
One Bullet (Carnival – 2005)
Snelsmore Wood (Eight – 2000)
Die Trying (Winter – 2016)
Lovesongs (The Ghost of Cain – 1986)
A Liberal Education (Vengeance – 1984)
Inheritance (Thunder and Consolation – 1989)
Bad Old World (The Love of Hopeless Causes – 1993)
Frightened (Vengeance – 1984)
Red Earth (Carnival – 2005)
Set 2 :
Christian Militia (Vengeance – 1984)
Lust for Power (Impurity – 1990)
Never Arriving (From Here – 2019)
Here Comes the War (The Love of Hopeless Causes – 1993)
Believe It (The Love of Hopeless Causes – 1993)
1984 (Vengeance – 1984)
The Charge (Thunder and Consolation – 1989)
Devil's Bargain (Between Wine and Blood – 2014)
Maps (From Here – 2019)
Where I Am (From Here – 2019)
Angry Planet (Between Wine and Blood – 2014)
Born Feral (Winter – 2016)
Before I Get Old (Impurity – 1990)
Vagabonds (Thunder and Consolation – 1989)
The Hunt (The Ghost of Cain – 1986)
Fate (The Love of Hopeless Causes – 1993)
Ballad of Bodmin Pill (Thunder and Consolation – 1989)
Encore :
No Rest (No Rest for the Wicked – 1985)
51st State (The Ghost of Cain – 1986)
I Love the World (Thunder and Consolation – 1989)